Une femme peut en cacher une autre

Publié le par TerreHappy




« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la Permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre », Hans Jonas (dans "Le Principe responsabilité"), ami d’Hannah Arendt.



Deux mouvements, sac et ressac, de vagues révolutionnaires forment flux et reflux continu ou discontinu selon la période, le contexte et les pays concernés.

Dans les mers révolutionnaires politiques et sociales agitées, depuis toujours, nos sociétés humaines assistent à :

- Quelques succès relatifs d’avantages acquis, à un prix sanglant le plus souvent, pour les populations

- Peu de changements significatifs de comportements de fond des mondes politiques

- Beaucoup d’échecs qui, à chaque fois, affirment et confirment le retour en force d’un ordre établi quelconque.

Finalement, toutes les révolutions modernes auraient échoué quant à leurs buts initiaux et à leur mise en application. Elles auraient même parfois fait le pire pour le peuple qu’elles disaient vouloir servir.

 

Hannah Arendt en fait même un constat d’échec accablant, énonçant que toute révolution se retrouve le plus souvent récupérée entre Terreur et confiscation du pouvoir.

« Toutes les tentatives de résoudre la question sociale par des moyens politiques auraient mené à la Terreur ».

François Furet a rajouté à ses propos que les révolutionnaires et les politiques seraient « maintenus dans une illusion politique de croyance selon laquelle le monde social peut être transformé par le monde politique et idéologique ». Or, ce dernier ne parviendrait pas à fonder des institutions politiques qui soient viables concrètement pour le peuple.

Toute révolution ne se réduirait donc qu’à « un combat très limité entre pénurie et inégalité, ou à l’aspiration vers une recherche illimitée de liberté politique ».

Encore deux courants très contradictoires que tout oppose, l’un froid et l’autre chaud...

En ce qui concerne la confiscation du pouvoir, par exemple, Annah Arendt considère que « les révolutions françaises et américaines ont toutes deux principalement failli dans leurs tentatives d’établir un espace politique pérenne où les activités courantes de délibérations, de décisions et d’actions coordonnées des peuples peuvent librement s’exercer ».

Dans le cas de la Révolution française, la subordination de la liberté politique à des préoccupations de gestion du bien (la question sociale) aurait réduit les institutions politiques à administrer la redistribution des biens et ressources.

Quant à la révolution américaine, bien qu’ayant su éluder ce destin, elle serait parvenue par le biais de la Constitution à fonder une société politique basée sur l’assentiment commun. Pourtant, ce succès même ne serait que partiel et limité : « l’Amérique ayant échoué à créer un espace institutionnel authentique dans lequel les citoyens pourraient participer au gouvernement, exercer en commun leur liberté d’expression, de persuasion et de jugement ».

Le peuple, et donc le citoyen, s’il se retrouve ainsi relativement bien protégé de l’exercice arbitraire de l’autorité par des verrous constitutionnels, n’y est déjà plus un participant « en jugement et autorité », et il se voit ainsi refuser la possibilité d’exercer une quelconque aptitude à des compétences politiques (en dehors de voter, d’adhérer ou de faire partie de ce monde politique).

 

Un des thèmes cher à Annah Arendt, dans son observation de la vie politique, est la séparation de la vie politique (domaine public) de la vie économique et sociale (sphère privée).

Elle constate que cet espace public est un lieu fait de grande fragilité, puisqu’il est continuellement soumis à la « natalité », c'est-à-dire à l'émergence de nouveaux événements.

 

Elle propose donc de faire une distinction entre le domaine privé et le domaine public, chacune des principales activités de l'homme devant être bien localisée :

 

Le travail doit rester dans le domaine privé :

Dans le cas contraire, la vie de l'homme devient une quête d'abondance sans fin.

Annah Arendt critique ainsi fortement la société de consommation. Elle invite à l'auto-limitation du travail.

En cela, elle préfigure l'écologie politique, ainsi que les notions de simplicité volontaire et de décroissance.

"Le progrès et la catastrophe sont l'avers et le revers d'une même médaille"

 

L'œuvre doit être créée en privé, avant d'être exposée publiquement :

Ce serait la manière adéquate de créer un monde dans lequel l'action pourrait prendre place.

Hannah Arendt dénonce toute massification de la culture et la transformation de l'art en objets de consommation.

 

Les actes et les paroles méritent d'apparaître en public pourvu que l'auteur les laisse dévoiler qui il est :

Il ne faut pas concevoir la liberté comme une souveraineté : il ne faut pas chercher à maîtriser toutes les conséquences de ses actes.

Hannah Arendt invite au contraire à assumer la fragilité de l’espace public, à rester sensible à la natalité, c'est-à-dire aux événements qui surgissent dans cet espace public.

 

D'où, tout l'intérêt d'Hannah Arendt pour les révolutions spontanées (Essai sur la révolution) comme « La Commune » ou la « Révolution hongroise » : « Dans les conditions de vie modernes, nous ne connaissons donc que deux possibilités d’une démocratie dominante : le système des partis, victorieux depuis un siècle, et le système des conseils, sans cesse vaincu depuis un siècle ».


Rejetant toutes interprétations libérales et marxistes des révolutions politiques modernes, elle pense que c’est au peuple lui-même qu’il revient d’exposer la pratique de ses capacités politiques.

 

Ce serait toutes les capacités des individus, agissant consciemment et volontairement de concert sur la base d’un même but commun mutuellement agréé, qui établiraient leur propre espace tangible et viable de liberté, ainsi que leur participation civique active et responsable en s’impliquant dans cet espace de liberté ainsi créé par eux-mêmes.

 

Pour Hannah Arendt, la pensée la plus haute n'est pas forcément celle qui se réfugie dans la contemplation privée, mais celle qui, après la pensée purgatrice et la volonté légiférante, ose s'exposer dans le domaine public pour juger des événements, tout  en faisant preuve de goût autant dans ses paroles que dans ses actions.


C'est tout Cela qui constituerait le premier pas vers des marées révolutionnaires positives, et vers ce qu’HAnnah Arendt appelle « l’action politique exemplaire ».

Fortement controversée et critiquée sur certains points de ses analyses, il est dit d’Annah Arendt, entre autres critiques, qu’elle aurait oublié que le peuple dont elle parle est souvent très plébiscitaire et populiste, et qu’il constitue une société de masse idéalement possible et facile à manipuler…

Quelques erreurs d’analyses qui lui seront volontiers pardonnés...

d'autant plus que tout l’aplomb de Hannah Arendt, résidant dans sa volonté de lutter contre tout enfermement et contre toute destruction de la volonté des individus, cachait aussi une femme pleine de ce courage exemplaire et discret qui ne désirait qu’une chose : insuffler force et énergie aux peuples et aux individus.



                 

 

http://www.vigile.net/Carrierisme-et-Barbarie-une-Hannah

« … (…) … Si Hannah Arendt importe aujourd’hui, c’est à cause de ses écrits sur l’impérialisme, le sionisme et le carriérisme. Composés durant les années 1940 et au début des années 1960, ils ne contestent pas seulement des applications faciles et à la mode des thèses du totalitarisme ; ils décrivent également avec une inquiétante étrangeté les dangers que le monde affronte aujourd’hui. En refusant de se confronter à ces écrits-là, les journalistes, intellectuels et universitaires actuels qui forment les gros bataillons de l’industrie Arendt trahissent cette dernière à deux égards : ils ignorent un pan entier de son oeuvre et négligent de se confronter aux réalités inquiétantes de leur propre temps.

Ce dernier point n’aurait pas surpris Hannah Arendt… (…) …  » (auteur : Corey Robin, mardi 5 février 2008)

 

post-scriptum :

Je rajoute qu’en ce qui concerne les Droits de l’Homme, Hannah Arendt a tenté de démontrer le processus qui se serait mis en place pour assimiler les Droits de l’Homme à l’Identité Nationale, les États excluant ainsi de ces Droits les « non-nationaux ». (« l’Impérialisme » chapître « perplexités des Droits Humains »).

 

 

 

http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=299&L=fr

Hannah Arendt : « penser le réel pour ne pas le subir »

 

http://cpe.paris.iufm.fr/spip.php?article54

Hannah Arendt, extrait de texte : « Les origines du Totalitarisme, chap.V : le déclin des Droits de l’Homme »

 

http://www.evene.fr/celebre/biographie/hannah-arendt-5641.php?citations

 

http://pages.citenet.net/users/ctmz9298/19.html

foto de Annah Arendt

 

 

Publié dans MigraRéflexions

Commenter cet article

TerreHappy 10/03/2009 11:28

Anido,J'espère que la taille des caractères de cet article permettront d'en lire correctement le contenu,et aussi qu'ils seront à la hauteur du caractère d'Hannah Arendt...!merci !