Le dernier Roi d’Écosse

Publié le par TerreHappy

Un MacBeth intemporel et sombre dans un Opéra  qui part de Google pour arriver à ses fins…

Ça n’existe pas… me direz-vous !

Et pourquoi pas ?

Car, même si le tout dernier MacBeth est dans nos temps modernes malheureusement réduit à une planète virtuelle du système solaire Lylat dans l'univers Star Fox d’un jeu vidéo, c’est tout de même au départ le nom véritable d’un Roi d’Écosse qui régna de 1040 à 1057… 

Œuvre d’Opéra de Giuseppe Verdi, elle-même inspirée de la pièce de Shakespeare, MacBeth est actuellement mis en scène à l’Opéra Bastille par Dmitri Tcherniakov. 

L’Opéra commence par la représentation d’une carte de localisation Google qui sert de click d’ouverture pour chaque acte, découpé en tableaux qui se succèdent un peu comme des diapositives.
Le résultat est simple, sobre, efficace et sans fioritures. 

 

MacBeth fut bien Roi d’Écosse…

Et il pourrait être n’importe qui d’entre nous en n’importe quel lieu, pointé par le curseur de Google, dans notre monde actuel.

J’ai trouvé cette idée intéressante et très judicieuse. 

Les hommes savent pertinemment, en leur for intérieur, qu’en chacun d’entre eux, n’importe où sur la terre, un tyran sommeille, avide de pouvoir, d’apparences ou de vengeance, qui pourrait se réveiller. 

Malcolm II (1005-1034), le grand-père de Duncan Ier, avait déjà préalablement éliminé les héritiers potentiels de son cousin et prédécesseur Kenneth III d’Écosse.

 Le Roi Duncan Ier (1034 à 1040) désigné comme successeur, était donc devenu Roi d’Écosse à la mort de son grand-père. Son règne sera de bien courte durée, puisqu’il mourra dans un combat à Pitgaveny assassiné par MacBeth lui-même.

MacBeth était de la dynastie des Mormaer de Moray. Il a épousé Gruoch, dernière héritière de Kenneth III d’Écosse et veuve de son cousin Gillacomgain qui a lui-même été tué sur ordre de Malcolm II.

 

Toute patrie, fondée sur des traces de sang, serait-elle vouée à la malédiction ?

Vu de l’espace, c’est une autre vision que nous entendons, tandis que nous en voyons en plan rapproché tous les sons d’un désastre annoncé !

Le déroulement de ce MacBeth-là, magnifiquement orchestré et chanté, comprend deux thèmes importants et toujours autant d’actualité :

 

La quête du pouvoir et de l’ambition

MacBeth dispose pour château d’une belle demeure et il est attendu à son retour de la guerre par le peuple. Sera-t-il Roi ?

Sa volonté de connaître absolument son destin, ses alliés et ses ennemis, le poussent à consulter des devineresses.

Le soutien et la complicité de son épouse Lady MacBeth est primordial pour la réalisation de conquête d’un pouvoir dont MacBeth craint par-dessus tout d’être exclu... ou maudit !

Le couple Macbeth a-t-il seulement compris dès le début ce qu’est réellement le jeu du pouvoir, forcément sanguinaire, ce qu’est vraiment le jeu avec la vie, d’où aucun ne sortira indemne.

Nous en doutons…

Dès le début, la défaillance de MacBeth montrent bien toute l’incertitude de leur destin, tandis qu’il est si mal réconforté par son épouse Lady MacBeth qui rumine ses funestes desseins de vengeance personnelle pour reconquérir un pouvoir lointain, déjà souillé, et donc perdu d’avance.

 

dans un monde en carton pâte :

Une belle demeure d’origine, en carton pâte, qui sera défoncée à la fin par d’autres esprits vengeurs du sang versé.

Les prédictions trompeuses de devineresses à MacBeth qui prendra tout, sans réfléchir, pour vérité.

Ce bonheur apparent et éphémère que lui donne le pouvoir, mais où, troublé par des visions de fantômes et des traces de sang, il perdra « connaissance ».

La force de MacBeth qui n’est en fait que faiblesses, tandis que ses failles se transforment en une force qui l’entraînera vers la folie et la vérité.

Tous ces jolis mouchoirs agités et cette nappe satinée manipulée par Lady MacBeth qui ne serviront qu’à leurrer ou à nettoyer leurs mains à tous deux salies par les traces de sang.

Une table ronde pour trône et qui finira comme le seul espace où MacBeth, meurtri, puisse se coucher en Roi fœtus…

La valeur de la vie qui ne se trouve pas forcément là où chacun le croyait, quand il perdra un être cher.

La liesse de la foule vengée sur le corps de MacBeth qui se terminera pour tous, sans exception, dans le déshonneur, sans feu dans la cheminée, avec une maison lézardée sans vie, sans âme et sans joie.

 

Le jeune roi encore enfant qui lui succèdera n’est pas encore initié à tout cela. Et, tout comme Macbeth lui-même y est allé au début, il sera lui aussi le premier à courir au-devant des devineresses.

 

Tel un petit lutin, parviendra-t-il un jour à déjouer la malédiction qui pèse sur le royaume ?

Nous aimerions bien l’espérer encore…

 

  

À croire qu’une malédiction cruelle manipulerait tout homme qui sombre dans l’illusion, l’erreur, les remords et la folie.

Et c’est tout un royaume qui s’effondre.

 

Les moments où toutes les morts qu’il a causées, jusqu’à la sienne, le frôlent et le plongent dans le doute et les remords et où d'horribles visions lui apparaissent, représentent autant d’uniques parcelles de lumière et de vérité pour Macbeth.

 

La vengeance est-elle pire que tout ?

 

Il n’y a aucune belle histoire d’amour romanesque comme à l’accoutumé dans cet Opéra où seul le pouvoir est en jeu.

Le couple MacBeth y est bien présent et superbement représenté, dans la réalité d’un quotidien plutôt fadasse banlieusard que royal, malgré leur belle demeure et ce nouveau pouvoir conquis.

Les deux partenaires complices et meurtriers s’épaulent l’un l’autre pour se soutenir, s’entraîner, ou mieux se rejeter l’un l’autre, en vue de l’unique but pour leur conquête commune du pouvoir, fatalement liés… mais si loin de l’amour.

 

Le véritable amour se ressent surtout dans quelque mouvement où le Roi Duncan sert son enfant contre son coeur en lui conseillant de fuir, ainsi que dans la scène où tous les habitants exilés du royaume se retrouvent exsangues et démunis suite à l’incendie occasionné par MacBeth qui a causé la perte de la femme et de l’enfant de Macduff qui, lui, a échappé à l’incendie et pleure sa famille disparue.

 

J’ai trouvé que ce tableau était magnifique, sur tous les plans : tous les habitants rassemblés, unis dans leur amour et leur malheur commun pour leurs proches et leur patrie, toutes ces voix qui s’élèvent petit à petit jusqu’à former l’unisson…

 

Nous entendons des pleurs, cris, rictus silencieux et rires mêlés qui semblent fuser, des sons qui nous plongent en tant qu’auditeurs-spectateurs dans cette foule confuse et si humaine, et qui ne sont ni chantés ni enchanteurs !

 

Et puis brusquement, cette unisson de solidarité se transforme en une cacaphonie de vengeance…

 

Et nous comprenons que les prédictions des devineresses auront lieu, qu’une armée vengeresse va se lever, que la forêt marche déjà sur MacBeth…

 

En ce qui concerne la voix de la Soprano, j’ai effectué quelques recherches…

il est intéressant de savoir que, pour la représentation d’origine de l’Opéra,

le choix de la voix de Lady MacBeth par Verdi fut l’objet d’un enjeu important.

Il semblerait que Verdi ait refusé la cantatrice de son époque, pour le rôle, sous le prétexte qu’elle chantait trop bien !

Il tenait à enrôler « une cantatrice qui ne chantât absolument pas ».

Les airs superbes de bel canto de cette œuvre prouvent pourtant tout le contraire.

Le dernier air interprète le moment où Lady MacBeth arrive toute titubante, hagarde et somnambule. Elle se retrouve alors débarrassée de toute performance vocale.

La Soprano monte surtout dans l’aigu sur le plan vocal, et cela dès le premier acte, jusqu’à la scène de somnambulisme avec le contre-ré bémol final pour exprimer son errance somnambule dans le plus simple apparat et indiquer qu’elle déraille complètement...

 

Ce que Verdi aurait voulu signifier par là, c’est que la voix de la chanteuse devait exprimer exactement cette horreur que le personnage de Lady MacBeth devait inspirer à ceux qui l’entendraient.

 

Ce fameux contre-ré bémol final est interprété fort à propos par la Soprano, pour marquer la fin des espoirs et illusions de Lady Macbeth.

 

J’ai trouvé que cela montre bien le côté « hystérique » de Lady MacBeth.

Car si nous voyons un MacBeth faible et influençable, nous entendons bien que Lady MacBeth ait bien pu être l’instigatrice à l’origine de tout ce désastre vengeur !

 

 

 

L’histoire se déroule en Écosse en 1040

Acte I

De retour de la guerre, MacBeth et Banco rencontrent les devineresses qui leur prédisent l’avenir : pendant leur absence, MacBeth est devenu Sire de Cawdor et il montera sur le trône d’Écosse ; quant à Banco, sa descendance sera royale.

Dans son château, dès le retour de MacBeth, Lady MacBeth le pousse à assassiner le Roi d’Écosse. Sitôt son crime accompli, MacBeth sort en titubant de la chambre royale, le poignard à la main. Lady MacBeth le rapporte dans la chambre, maquillant le crime pour en faire accuser les gardes. Banco et Macduff viennent chercher le Roi Duncan : le meurtre est découvert.

 

Acte II

MacBeth est devenu Roi d’Écosse. Sa femme le pousse encore à supprimer Banco et son fils Fleance. Dans le parc, un groupe d’assassins guette alors Banco ; lorsqu’il arrive avec son fils, ils se jettent sur lui et l’exécutent, mais le jeune Fleance parvient à s’échapper.

Pendant un banquet, MacBeth voit apparaître le spectre de Banco ; son trouble évident persuade tous les invités de sa culpabilité.

 

Acte III

Les devineresses prédisent l’avenir à MacBeth : il doit se méfier de Macduff ; mais il restera invincible tant que la forêt de Birnham ne se mettra pas en marche ; quant à Banco, il aura une descendance royale.

Devant la tension croissante et les apparitions surnaturelles, MacBeth finit par perdre la raison. Lady MacBeth, apprenant de son mari, revenu à lui, la prédiction des devineresses, le rassure mais le pousse à nouveau à assassiner Macduff en incendiant son château.

 

Acte IV

Les exilés écossais déplorent les malheurs qui se sont abattus sur leur patrie, tandis que Macduff pleure sa femme et ses enfants assassinés par MacBeth.

Le fils de Duncan, Malcolm, monte alors une armée pour reprendre le trône de son  père.

Lady MacBeth qui a perdu le sommeil erre dans une crise de somnambulisme, tourmentée par ses crimes.

L’armée de Malcolm, camouflée par des branches d’arbres, s’avance contre MacBeth et réalise la prédiction des devineresses : la forêt s’est bien mise en marche.

Pendant la bataille, Macduff tue MacBeth.

Le trône d’Écosse retrouve en Malcolm son souverain légitime.



"MacBeth" à l'Opéra Bastille
encore joué les: L20/04, J23/04, D26/04, Me29/04, etc...

 

Publié dans MigrArts

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