LAMPRIS GUTTATUS, entre deux eaux...

Publié le par TerreHappy



... et prédateur des méduses !



PHOTO du  « saumon lampris guttatus »
http://www.nicematin.com/ra/societe/191180/alpes-maritimes-saumon-des-dieux-mangeur-de-meduses-au-large-de-cannes-un-metre-de-
26/5/2009

 

Ce gros poisson serait apparu au large de Cannes dans le port de l’île de Saint-Honorat.

Il est de couleur orange, il mesure 1 mètre de long, et il est surnommé « le Saumon des dieux » ou Lampris guttatus…

En 10 ans, 23 de ce spécimen, poisson décrit comme très rare en Méditerranée, auraient été recensés ou capturés sur les côtes françaises.

Or, surtout depuis l’an dernier, il y deviendrait de plus en plus fréquent.

Ce qui semble inespéré, puisque cette espèce n’aurait été présente jusqu’à présent que dans les mers tropicales ou tempérées du globe.

Inespéré surtout, puisqu’il mangerait toutes les méduses qui traînent et qui affluent en masses à cause du réchauffement climatique.

 

En bon prédateur qu’il est, le saumon Lampris guttatus suivrait les méduses à la trace…

Quoi de plus naturel pour un poisson friand de méduses ?

Celui-ci est un magnifique spécimen ; il évoque bien la description qui en est faite dans l’ouvrage de Cuvier :

« C’est cette belle parure qui a fait employer à un des correspondans de Buffon cette expression un peu précieuse, que le Lampris semble un seigneur de la cour de Neptune en habit de gala. »

 

 

 

 

En 2008, dans le Var à Toulon, un poisson de 45 kg ressemblant fort au spécimen Lampris guttatus a été pêché :

http://www.cotepeche.fr/forums/toute-equipe/var-matin-t204.html
27/02/2008

 

« Ce sont des espèces des profondeurs évoluant généralement à 400m de fond, « mais il leur arrive de venir entre 50 et 100m, on ne sait pour quelle raison »… ».

 

Celui-ci a fini à la casserole préparé en carpaccio !

 

 

 

Cependant :

Le lampris guttatus a-t-il toujours été un poisson très rare dans les mers de nos côtes européennes ?






Dès le 19ème siècle, le Lampris guttatus, bien que tardivement décrit, aurait déjà été maints fois évoqué par les pêcheurs et les habitants des côtes, aussi bien méditerranéennes qu’atlantiques, et même nordiques.

Les savants de cette époque, de par certaines de ses caractéristiques, semblent même l’avoir plutôt rapproché du thon, par quelques unes de ses caractéristiques.

 

Si l’on se rapporte à l’ « Histoire Naturelle des Poissons, par
CUVIER, et VALENCIENNES, Tome 10ème , 1835,

 

l’étude sur le Lampris guttatus, dans le chap.XXII  p.39  « Des Lampris, des Equula et du Méné », évoque le Lampris guttatus (de Retzius) ou poisson lune, qui n’aurait pas été si rare que ça dans les mers des côtes européennes :

 

« le 1er genre de ce groupe des Lampris est établi sur un poisson de nos côtes, mais elles ne nourrissent aucune espèce des 2 autres genres, Equula et Méné, qui sont tous deux propres aux mers des Indes Orientales.

Des Lampris, et en particulier du Lampris tacheté ou Chrysotose, nommé aussi Poisson lune (Lampris guttatus, de Retzius.) :

C’est une chose bien singulière qu’ un poisson aussi beau et aussi grand que celui dont nous faisons l’histoire, et qui n’est pas même très-rare dans nos mers, ait été décrit si tard, et surtout que les différents auteurs qui l’ont décrit, aient eu si peu de connaissances de leurs travaux respectifs. »

« C’est du Nord qu’il paraît se rendre dans nos parages ; du moins on l’a observé plus souvent dans le Nord que sur nos côtes, et ce n’est que depuis très-peu de temps que l’on a appris qu’il pénètre dans la Méditerranée…

Ce qui est certain, c’est que personne n’a rapporté ce Lampris des parties chaudes de l’Atlantique ».

 

 

À cette époque, l’origine, la provenance, la rareté, ainsi que l’appellation des lampris s’avèrent confuses… et font polémique parmi les différentes études des scientifiques :

 

dès 1762, l’espèce zeus guttatus avait été repérée et décrite en Norwége, nommé sölv-plettet-Guld-fish (poisson doré à taches argentées)

rapports établis entre ce poisson doré (dit « de Stroem ») et le zeus vomer, c’est sur cette seule indication que l’on a cru pouvoir dire que le vomer habite à la fois les côtes du Brésil et celles de la Norwége

1767, on en trouva un sur le sable en côte de North-umberland.

La même année, il y en eut un de pris en baie de côte du Comté d’York.

1768, le Lampris est décrit et représenté, mais appelé laxe-störjen, et confondu avec le scomber pelagicus… (scombre mal connu sous le nom de scomber Gunneri).

1772, on en prit un, et un des plus grands individus que l’on ait vus, dans la Manche.

1777, encore un de cité qui avait été pris à Dieppe, … appellé alors poisson lune

1788, son espèce est appelée zeus luna

d’un autre côté, aussi en 1788, un zeus regius est décrit.

« Enfin, par un hasard singulier, et toujours cette même année 1788, Brünnich le faisait paraître dans les Mémoires de Copenhague sous le nom de zeus guttatus… ».

1799, un genre particulier pris dans la mer du Nord est nommé Lampris (de Retzius)

1802 et 1806, deux individus pris dans la mer du Nord, nommés respectivement zeus guttatus, et lampris (de Retzius).

1802, M. de Lacépède, qui ne semble pas avoir eu connaissance du mémoire de Retzius, lui donne à ce genre nouveau de zeus guttatus le nom de chrysotose, et en aurait fait une description « fort incorrecte » : il croit avoir reconnu une variété de cette espèce dans les peintures chinoises…, ce qui lui fait penser qu’elle habite aussi la mer Pacifique ; mais nous nous sommes assuré qu’aucune de ces peintures chinoises ne peut se rapporter au lampris, et tout nous fait croire que c’est encore de la figure du méné qu’il a voulu parler. La manière dont il travaillait sur des notes prises à différentes époques, et qu’il ne comparait ni entre elles ni avec les sources d’où il les avait tirées, l’a souvent induit dans de semblables erreurs.

1804, le plus grand individu pêché, un Lampris, dans les environs du Hâvre

1806, Donovan le représenta dans son Histoire naturelle des poissons d’Angleterre, d’après un individu qui n’avait pas encore les nageoires tout-à-fait usées. Il le regarde comme un poisson rare sur les côtes d’Angleterre : il paraîtrait d’après cet auteur que le lampris aurait été décrit et figuré antérieurement par Sowerby et par Turton dans deux ouvrages que nous ne sommes pas encore parvenu à nous procurer.

1810, à l’embouchure de la Gironde, un petit Lampris a été pris dans le Golfe de Gascogne.

Le Lampris est cité dans la Faune anglaise de Turton sous le nom de zeus luna.

1819, un individu pris dans le golfe de Zélande et apporté à Copenhague.

1829, M. F. Faber dans son Histoire des poissons de l’Islande parle du Lampris qu’il appelle zeus guttatus en le reconnaissant tout à la fois pour le scomber pelagicus (de Gunner) et pour le lampris guttatus (de Retzius)

 

Faber fera connaître le nom vulgaire que les Islandais donnent au Lampris : « gudlags », nom ancien en Islande, selon lui, corrompu en « gotteslachs » (Saumon de Dieu) :

« L’individu décrit dans ce mémoire ne vient pas d’ailleurs de l’Islande, il a été pris dans le golfe de Zélande, au mois d’avril 1819, et apporté à Copenhague par les pêcheurs qui croyaient d’abord avoir saisi un dauphin dans leurs filets, à cause de la grosseur du poisson.

Les annales Islandaises… ont fourni la preuve que l’ on a pris un de ces « gudlags » dès l’année 1762 ; on en a pêché d’autres sur ces mêmes côtes à différentes époques ; mais il paraîtrait que cette espèce ne séjourne pas constamment près de l’île, car Olafsen et les autres voyageurs plus récens n’en font aucune mention, et M. Faber n’a pas trouvé de preuve qu’il se porte plus au Nord en avançant près des côtes du Groenland. Il nous apprend que la chair de ce poisson est rouge, assez semblable à celle du saumon, et qu’elle est recherchée des Islandais. »

 

Où l’on en revient à la toute 1ère pêche citée plus haut !

 

« M. Nilsson (Olafsen ?) cite aussi le Lampris guttatus parmi les poissons de Norwége, mais comme un des plus rares. Il ne lui compte, comme M. Faber, que 6 rayons aux ouïes, quoique nous en ayons bien certainement vu 7. »

« À l’énumération que nous venons de faire des différents parages où l’on a pêché le Lampris, nous ajouterons les environs du Hâvre, d’où est venu en 1804 le plus grand individu de notre Muséum. »

 

Pour ce qu’il en est de la mer Méditerranée :

 

« Ce poisson n’est cependant pas entièrement étranger à la Méditerranée, mais il paraît qu’il y est très-rare. La 2ème  éd. de M. Risso est, à notre connaissance, le 1er ouvrage où il en soit fait mention comme habitant de cette mer. En l’année 1829, il en a été pêché deux individus sur les côtes de Provence : le 1er pris à la fin de Mai dans la rade de Toulon, était entièrement inconnu des pêcheurs et des habitans ; le 2ème vers le milieu de Juillet, un peu moins grand et également nouveau pour les pêcheurs, a été recueilli et préparé par M. Polydore Roux, conservateur du Musée de Marseille. »

 

Doù Cuvier et Valenciennes en concluent que le Lampris serait plutôt un poisson originaire du Nord de la Mer Atlantique, et surtout du côté de l’Europe :

 

« De tous ces faits, nous sommes bien autorisés à en conclure que le Lampris est un poisson originaire du Nord de la Mer Atlantique, et surtout du côté de l’Europe, car nous n’en avons trouvé aucune trace de son existence sur les côtes de l’Amérique. Il s’égare aussi quelquefois dans la Méditerranée, mais on n’a pu encore le suivre plus loin vers le Sud.

Ce n’est pas sur une assertion vague d’un prince d’Anamaboo, qu’on le croira de la côte de Guinée, ni sur une fausse citation qu’on le jugera des Mers de la Chine. » 


Quant à la description du Lampris, l’ouvrage cite :

 

« Ce poisson offre des caractères singuliers fort nombreux et dont l’ensemble justifie très-bien l’érection d’un genre particulier…

- … le nombre de 7 rayons à la membrane des ouïes…

- … le nombre des rayons des ventrales qui est de plus de 8 ; il y en a en effet jusqu’à 14.

- Ajoutez-y l’absence, sur le dos, d’épines soit libres, soit liées en nageoire, si ce n’est une seule au bord antérieur de la dorsale ;

- La manière dont les pectorales s’attachent par une ligne horizontale,

- et la réunion de la forme haute et comprimée

- et de la bouche mal armée des zeus,

et vous jugerez qu’en effet le lampris ne peut entrer dans aucun autre genre. »

 

Il offrirait un grand nombre de caractères qui le rapprocheraient du thon, tels que la nature de la peau, l’espèce de corselet dont il est revêtu, et ceux que l’on peut tirer de son anatomie :

 

« le corps du lampris est légèrement comprimé ; l’épaisseur ne fait pas le 6ème de la longueur totale ; son contour longitudinal est ovale, plus élevé en avant, et s’amincit par degrés en arrière ; sa plus grande hauteur (aux pectorales) est 2 fois et ¼ dans la longueur totale… La longueur de sa tête, d’1/3 plus haute que longue, est 4 fois dans celle du corps… pas de dents… ».



L’ouvrage mentionne également :

 « de très-grands changemens dans les formes et dans les ornemens des nageoires. Nous sommes fondés à croire que les poissons parés de nageoires prolongées, ne conservent que jusqu’à un certain âge ces beaux développemens, et que dans les vieux lampris elles sont usées et émoussées. »

 

 

De la couleur du lampris :

 

« les couleurs du Lampris sont d’une grande magnificence. Tout son dos est d’un bleu d’acier, qui passe sur les flancs au lilas et devient vers le ventre du plus beau rose. Des taches nombreuses, ovales, quelquefois d’un blanc de lait, d’autres fois du plus bel éclat d’argent, sont semées partout sur le fond du corps ; il y a de plus petites sur la tête. Les opercules sont très-brillants, et le grand œil a l’iris de la plus belle couleur d’or ; enfin, toutes les nageoires sont d’un rouge de vermillon. »

 

 

De la taille du Lampris :

Ce Lampris guttatus peut atteindre 2 mètres et peser jusqu’à 270 kilos !

Cependant, déjà, au 18ème siècle, la taille de certains de ces poissons est fort remarquée :

« Le Lampris est l’un de nos plus grands poissons :

l’individu de Mortimer pesait 82 livres ;

celui de Harrison 78 livres ;

il y eut un individu long de 3 pieds (Toulon),

un autre de 2 pieds ½ (Marseille) ;

et un autre squelette de 3 pieds ½ ;

celui de Torbay 140 livres et long de 4 pieds et ½ (mesure anglaise). »

 

De la nourriture du Lampris :

« Nous avons trouvé dans l’estomac de ce poisson un grand nombre de becs cornés de petits céphalopodes, que nous croyons avoir appartenu à des poulpes ; car il n’y avait dans l’estomac aucun reste d’os de sèches ou de plumes cartilagineuses de calmar, et les becs sont de beaucoup trop gros pour être rapportés à des sépioles, qui ont un rudiment d’os dans leur manteau. L’estomac contenait aussi des restes d’acalèphes, et notamment de petits rhizostomes. Selon les rapports des pêcheurs islandais, le Lampris poursuit les truites, vraisemblablement pour en faire sa nourriture. »

 

 

 

Ce n’est sans doute pas plus mal que le Lampris se soit mis tout naturellement au régime « méduses » plutôt que "truites"… Vu le côté envahissant des méduses, ce sont les hommes qui vont être contents !

 

La nature ferait-elle si bien les choses jusqu’à remettre un peu d’ordre et d’équilibre dans ces bans envahissants de méduses ?

 

Chez les Lampris guttatus, en tous les cas, l’estomac a ses raisons que la raison des hommes ne connaît pas encore !





http://books.google.com/books?id=O9sTAAAAQAAJ&pg=PA45&lpg=PA45&dq=saumon+lampris+guttatus&source=bl&ots=3FtlRwlIRW&sig=ROSZ-RsVzhvIyA3TAk9-nzpqij0&hl=fr&ei=VDkdSqyVEYrMjAfH2I2RDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=7#PPA39,M1
Histoire Naturelle des Poissons, par  CUVIER, et VALENCIENNES
Tome 10ème , 1835
« Des Lampris, des Equula et du Méné. »        

Publié dans MigraTransits

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Micdartag 23/07/2009 11:39

A partir de mon thon rouge, quelle épopée. Le principal, c'est qu'ils soient de retour pour croquer de la méduse, et inutile de noyer le poisson !bisous.

TerreHappy 23/07/2009 14:07


Un vrai poisson dans l'eau... je vois que tu remontes les fleuves jusqu'à la source ! Je vais te sacrer "roi des lecteurs".
Prochain article "Colombie #3" à venir bientôt : une petite douceur de là-bas dont nous nous sommes gavés pendant tout notre séjour, qu'est-ce-que-c'est ? (indice : avoir bien lu article
#2...).
Merci encore pour tous les jolis commentaires !
Cat