Colombie #1 : Y’A PAS PHOTO…

Publié le par TerreHappy

Au bout d’une journée à BOGOTA, nous avons très vite quitté l’atmosphère enfiévrée de la Capitale Colombienne. À peine débarqués, nous savons que nous sommes destinés à la retrouver quelques jours avant notre retour vers l’hexagone.

Dès que j’ai atterri à Bogotà, il y a 2 jours, j’ai eu la sensation d’être une puce débarquée dans une gigantesque termitière, fourmillant de partout du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est, sous le majestueux regard protecteur du Cerro de Monserrate dominant à 3 160m.

Est-ce que je vieillirais ? Sans doute… Mes fils évoluent partout, en micro ou en macro, sans y penser, comme des poissons dans l’eau ! Je sens bien qu’ils m’observent discrètement, gentiment, avec un regard moqueur…

Et je me sens brusquement projetée au même âge qu’eux, quand je parcourrais le monde sans me poser de questions.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, et puis…


Cependant, sitôt après 14h de vol aérien, un trajet est là, qui s’impose à nouveau, dans un car « climatisé – TV », avec un conducteur qui ne prend pas de gants pour manœuvrer son volant et qui doit transporter tout ce petit monde sans ménagement sur la route Nord de Bogota, jusque TUNJA dans la RÉGION DE BOYACÀ.

Mes fils lisent puis s’endorment confiants, tandis que la route et ses paysages si variés commencent à défiler doucement devant mes yeux grands ouverts, sous le roulis saccadé de Conducteur Brutus (le démarrage ayant commencé sec et « sur des chapeaux d’roues », c’est ainsi que j’ai surnommé ce chauffeur averti…).

C’est décidé : il fait jour, je vais donc suivre la route des yeux…



 

Les gigantesques montagnes de la Cordillera Oriental encerclent l’espace où nous roulons à perte de vue. Pourtant, depuis notre atterrissage au ras du bitume, nous évoluons déjà depuis quelques jours à 2 500 m !

Cela n’empêche pas les vaches bienheureuses d’envahir en toute liberté les bords de route et les bas-côtés pour y brouter l’herbe qui leur plaît, là où elle leur plaît. En pleins ronds-points herbeux, des moutons blancs placides semblent avoir été abandonnés et parqués là où ils se trouvaient quand la route a été construite. Et des chiens attentifs se baladent, ou imitent sagement les vaches : immobiles, dressés assis en bord de route, ils regardent passer avec attention la circulation agitée des êtres humains.

La végétation dense se gomme par endroits pour esquisser quelques vagues plantes un peu plus loin dans une zone désertique. Je chercherai plus tard en quoi consiste toute cette végétation luxuriante et étonnante dont je ne connais rien, à part les fameuses orchidées… car le Jardin Botanique à Bogotà était fermé (lundi).

Je dois avouer que je n’ai repéré aucune orchidée tout au long de notre périple. Je pensais en revenir plein les cheveux, mais… que nenni !!!

La route est toute droite, en bon état, elle longe des préfabriqués ou des entrepôts, déglingués. Éparpillés en longueur, ces bâtiments ressemblent à des endroits organisés pour récupérer et y entasser tout et n’importe quoi. Le hasard ordonnant si bien les choses dans la nature fait que ce désordre de recyclage humain organisé apparaît tout à fait champêtre, au milieu des fleurs, des plantes vertes et des arbres de géants très bizarres qui les envahissent.


Un péage surgi d’on ne sait où me renvoie un petit rappel à l’ordre… En effet, beaucoup de portions de routes principales sont à péage en Colombie. Et celle-ci, la n°45, conduit directement du Sud au Nord de la Colombie, de Popayan (océan pacifique) à Santa Marta (Mer des Caraïbes), en longeant la Cordillera Oriental.

Comme de juste, après ce péage, le bus commence à grimper ! et moi qui pensais que ce péage annonçait l’autoroute…

Une casa tout en bois, des serres, et toujours beaucoup de vaches « à la dahu » un peu partout. Des poules aussi, qui se pavanent, claudiquant en liberté autour de charmantes masures toutes fleuries et envahies de plantes vertes.

Nous traversons une immense vallée, puis le bus se remet à crapahuter à travers côtes et lacets de montagne. Il rame un peu, s’essouffle, redonne un coup d’embardée brutale, pour reprendre de l’élan en haut de la côte… pour débouler à toute vitesse dans la descente qui s’offre enfin devant lui...

Je regarde « côté montagne » pour… m’y cramponner au sommet, au cas où…

Je n’en mène pas large, moi qui, depuis quelques années (jour où une moto 750 est rentrée de plein fouet dans mon pare-brise de voiture) me méfie, de, sur et pour tout ce qui est engin à roues.

Si j’avais su, j’y serais allée à pieds ! 200km à pieds bien secs, ce n’est pas la mer à boire, pour un pays aussi grand que le Portugal, l’Espagne et la France réunis !!!

 

Des petites parcelles de champs protégées par des arbres, puis re-côte, nous passons ainsi de mont en mont.

Pour me sortir du cercle infernal des roues, je m’interroge sur l’utilité de la toute petite voie ferrée désaffectée, mais non moins charmante, que j’aperçois longeant la route. À part le funiculaire qui monte au Monserrate de Bogotà, je n’ai encore aperçu aucune gare ferroviaire ni train nulle part en Colombie… que des taxis, des voitures, des mini bus, et des cars, à foison !

Au bout d’une heure de route, c’est un étalage de végétation de plus en plus vert sombre. Tout pousse visiblement si facilement partout en remblais, en monticules et en fossés que le relief en est tout estompé. C’est mieux, pour ne pas voir les ravins, à 2 000 et quelques mètres d’altitude !

De belles « casas », comme abandonnées envahie de leur jungle verdoyante, des petites échoppes, de vastes hangars et des carrières de caillasses, se succèdent en bord de route.

Un petit ruisseau qui traverse une petite ville grouillante et animée, c’est la fin de la sieste…

Beaucoup de monde disposant d’un véhicule, nous nous retrouvons coincés dans un embouteillage au carrefour d’un petit bourg, et aussi dans la côte d’une montagne à cause des camions et engins de travaux.

Les travaux se précisent. Ils sont en train de constuire une nouvelle route, à flanc de la montagne, et en plus... il y aura même des escaliers en gradins pour les piétons... Car si les voitures sillonnent le pays de plus en plus, la plupart des habitants continuent à prendre le bus ou à marcher pour les courtes distances.

Le car, une fois sorti de l’embouteillage, ne se sent plus de joie, grisé par sa vitesse… Nous roulons dans une plaine, mon regard tombe par hasard sur le panneau de limitation de vitesse (là-bas, les panneaux routiers de signalisation sont en jaune vif) : 80km/h… Ouf ! heureusement qu'il y a la sortie du péage pour freiner l’inconscience de conducteur Brutus...

Sur la droite, côté ravin, le paysage change, encore plus sauvage, genre jurassien équatorial hérissé, très « punk »

Je souris, tout en souhaitant que nous atteignions bientôt TUNJA, puisque le voyage n'est pas terminé. Nous devons immédiatement y prendre un mini bus à destination de VILLA DE LEYVA.

Sur un panneau, je vois : « REGIONE de BOYACÀ »…   



REGIONE de BOYACÀ :

Je lis qu’avant même la conquête espagnole, dès 1530, qui marqua la chute de l’Empire Inca en 1533, cette région de Boyacà fut l’ancien territoire des Muiscas, déjà eux-mêmes sous le joug expansionniste de ce même Empire Inca depuis 1 400 apr.J.C. sous la conduite de son Roi impérialiste Viracocha.

En une centaine d’années, l’Empire Inca avait donc déjà largement marqué la fin des multiples petites cultures andines précolombiennes :
- culture Chibcha, l’une des +anciennes
- culture mégalithique de San Agustin, qui aurait disparu sans laisser de traces au Sud de la Colombie
- Taironas, dans les hauts plateaux du Nord-Est de la Colombie,
- Sinù
- Guane
- Muiscas
Etc…
Personne n’aurait pu en fait déterminer précisément combien d’habitants et de peuplades comptait alors l’Amérique du Sud, avant l’arrivée des Conquistadors…

Les Conquistadors n’auraient-ils fait que délivrer ces cultures précolombiennes de ces « vilains » Incas pour mieux les absorber, les déraciner un peu plus, ou les persécuter... ?

Comme quoi, on peut sans doute toujours en rajouter dans la surenchère du « c’est bon vous »… 

Allez… je me secoue, un peu d’optimisme !!!


Aujourd’hui, toute cette région de Bocayà traditionnelle est probablement la plus sûre et la plus plaisante de Colombie à traverser et à visiter. En tous les cas, elle commence à me plaire...

Beaucoup d’artisanat le long des routes (poteries, tissages, céramiques) remonte aux savoir-faire de ces cultures précolombiennes. Les formes et techniques ancestrales de la civilisation Muisca, fortement influencées par les Incas, puis mêlées aux techniques introduites par les colons espagnols, ont produit une grande variété de produits artisanaux originaux et de bonne qualité.

Le climat y est continental, sain, sec et doux : chaud sans excès dans la journée, et frais la nuit (prévoyez un lainage, regard à l’amplitude thermique assez forte).

Les villes principales :
Bucaramanga (ville industrielle à fourmi comestible !), Ràquira (poteries), Chiquinquirà (Vierge peinte de Narvàez), Muzo et Coscues (villes minières d’émeraude),
Villa de Leyva, et TUNJA...




LE BERCEAU ET ATELIER DE LA LIBERTÉ

C'est loin la liberté : Il reste en fait encore 50km pour atteindre les 2 850m d’altitude de la ville de TUNJA.

Les terres irisées passent du rouge brique au jaune sable et se découvrent même gris anthracite, parsemées de genêts jaune vifs et buissonnants. Le parcours enchaîne descentes et côtes en virages. C'est le royaume des 2 roues. Nous croisons beaucoup de groupes  et de regroupements de motards.

Le paysage change radicalement, cela fait encore plus « jungle » : palmiers courts mixtés de pins et d’épicéas, champs de crocus étalés en clochettes bleus et magnolias blancs, beaucoup de fougères jaunies, vertes, bleues et roussies.

Des moutons blancs, quelques moutons noirs… et des vaches, encore et toujours !

D’innombrables petits lopins de terre, et puis le car s’arrête quelques minutes dans un petit village.

Le temps s’est couvert à droite et devant nous… des nuages gris plomb.

De terre rouge brique sur un talus, à une terre noire sur le talus d’en face, nous traversons un village avec des « fabrica de arepa » partout, des magnifiques étalages de fruits et de légumes aux couleurs vives. Le long de la route, des écoliers en uniforme rentrent tout seuls et sagement de l’école.

Depuis que nous sommes arrivés dans la région de Boyacà, tous ces lieux en pleine campagne semblent plus nature et moins miséreux que certains endroits traversés juste après la région de Bogota.

À l’arrêt du bus en face, une femme avec un chapeau noir qui fait très masculin : un chapeau féminin local !

 

Juste avant l’arrivée sur Tunja, nous traversons le Puente de Boyacà où la célèbre bataille pour l’indépendance fut gagnée en 1819 par Simon Bolivar.

Un fushia gigantesque penche ses immenses branches graciles et robustes vers la route. On dirait un arbre ! J’ai une petite pensée émue pour le fushia plutôt rachitique de notre jardin…

Le mini bus se retrouve dans un embouteillage à l’entrée de Tunja, dans la côte, à cause des travaux de camions et des nombreuses voitures qui doivent rentrer sur Tunja.

Une multitude de cultures d’épinards qui poussent, et je repère aussi du colza en courts buissons (sauvage ?) dans un paysage de champs qui s’enfuient à perte de vue de verdure et de soleil dans cette immense plaine encaissée.

La route aussi devient plus encaissée, elle ne cesse pas de tourner. Le soleil joue à cache-cache, apparaît ou disparaît selon le virage naissant...

 


Nous arrivons enfin à TUNJA dans « le Berceau et Atelier de la Liberté », ainsi que Simon Bolivar, qui y remporta des victoires décisives à Pantano de Vargas et à Puente de Boyacà, a surnommé cette ville et toute sa région alentour.

La Bataille de Boyacà (7/8/1819) a donné l’indépendance au pays (appelée alors « Nueva Granada » ! ça, je savais pas...).

Tunja en fut pendant quelque temps la Capitale, mais lorsque les populations migrèrent et se déplacèrent plus au Sud, elle fut supplantée par Santa Fe de Bogotà.

 



À la gare routière de Tunja après 3h30 de car, nous pouvons monter dans le mini bus qui nous conduira en 1h30 à VILLA DE LEYVA, 1ère destination, où nous allons nous poser, enfin, pour y séjourner et randonner à pieds pendant 3 jours...

Le pied !!! 

Hasta pronto !  

Publié dans MigraTransits

Commenter cet article

Lefebvre 13/07/2009 03:15

prochaine étape : RÉGION DE BOYACÀ, VILLA DE LEYVA...Merci d'avoir pris le temps de lire ! 

TerreHappy 18/07/2009 21:43


l'article "Colombie #2 : Y'A PAS CARTA !" est prêt ! y'a plus qu'à... comme qui dirait !

à vos lunettes, dans les starting block à partir de demain !!! 

Cat LEF 


jacou 11/07/2009 17:56

on attend avec impatience la suite du voyage... merci pour ce voyage virtuel pour nous.

TerreHappy 18/07/2009 21:41



coucou,

c'est Cat, pour te dire que j'installe "Colombie #2 : Y'A PAS CARTA !"
tu pourras le lire demain, si tu as le temps, j'ai fait des longueurs...
biz à toi § à Pascalou 



Anido 11/07/2009 08:51

Cathie bonjour,J'attendais cet article après un tel voyage vous ne pouviez ne pas le faire.La Colombie comme tous les pays d'Amérique du sud sont captivants, il ont une histoire et de plus, ils ont le sang chaud comme les Espagnols fiers d'eux mêmes.Ce qui est captivant c'est leur culture, et je me souviens de mon trek au Pérou, ou à Lima j'ai été émerveillé par les créations des ancêtres péruviens.Ce fut pour moi une découverte outre le fait que la rudesse de la vie en altitude rend ces populations affectueuses.A bientôt,Anido.  

TerreHappy 18/07/2009 21:35


Anido,

Vraiment désolée d'avoir été en retard pour la rando de jeudi ! J'avais oublié les horaires d'été des trains... J'espère que je n'ai pas importuné le groupe par ce retard, et que vous avez pu
prendre le train à l'heure.
J'espère aussi vivement être à l'heure jeudi prochain. Je vous tél. mercredi soir !

Aussi pour vous dire que je suis en train d'installer mon article : "Colombie #2 : Y'A PAS CARTA !" et que je vais aller lire aussi vos derniers articles.

Amicalement
Cathie Lefebvre