À la claire fontaine

Nous avions rendez-vous avec Colette au Métro Saint-Paul, dans le Quartier du Marais *, pour un  circuit dans Paris à la source de quelques claires fontaines.

La 1ère étape de ce circuit des Fontaines de Paris commence près d’une Fontaine du Marais, tout près d’une de ces fontaines dignes représentantes de la mise en service d’un service de distribution d’eau potable, gratuite et accessible à tous :

une Fontaine Wallace, LA FONTAINE SAINT-ANTOINE,

Place Saint-Antoine, dans la Rue Saint-Antoine**, IVème, Métro Saint-Paul

 

LES FONTAINES

Depuis l’Antiquité, les sources ont été repérées, et des puits ont été creusés (3 000ans av.JC. en Égypte).

L’eau a été canalisée dans des tuyaux en terre (2 000ans av.JC. en Crête).

Les Grecs disposaient de petites fontaines publiques toutes simples (une colonne de marbre blanc forée sur un axe vertical, où un tuyau de plomb conduit l’eau à un dégorgeoir en bronze à tête de lion ou de satyre).

Les Romains généralisèrent la technique des aqueducs jusque dans leurs bains publics…

 

Cependant, au cours des diverses périodes de l’histoire, se produisaient des dégradations des nappes phréatiques, des destructions d’aqueducs, des catastrophes naturelles, des guerres, et quelques mauvais entretiens, etc... Tout cela finissait par entraîner de gros problèmes d’approvisionnement en eau, d’hygiène et de santé, l’eau étant l’un des véhicules porteurs les plus conducteurs de microbes.

Les habitants pouvaient toujours aller au puits ou pouvaient recourir aux services d’un porteur d’eau, s’ils en avaient les moyens.

LES FONTAINES ONT DONC REPRÉSENTÉ TRÈS TÔT LA POSSIBILITÉ D’UNE DISTRIBUTION PUBLIQUE EN EAU POTABLE, AINSI QU’UN EXCELLENT CONTRÔLE  SUR TOUS LES PLANS, AVANT L’INSTALLATION DE L’EAU DU ROBINET INDIVIDUEL DANS CHAQUE FOYER.

 

Dès la Renaissance, les fontaines sont conçues pour servir à l’approvisionnement en eau potable et gratuite, pour la consommation (boire, cuisiner), ainsi que pour l’hygiène dans les villes.

Par exemple, à courthézon, très vieux village du Vaucluse où il existe 15 fontaines, il est cité :

« ll faut remonter à 1852 pour trouver l'origine et les premières réglementations de l'alimentation en eau potable de Courthézon et de la distribution d'eau aux habitants. Une source située à 2 km de Courthézon au quartier des neuf fonts, résurgence d'une nappe souterraine de l'Ouvèze, alimente en eau potable la commune. Notre cité compte 15 fontaines, nous citons les quatre principales. La grande fontaine construite sur l'emplacement d'une ancienne croix marquant la croisée des chemins, elle a donné son nom à la porte voisine des remparts (porte Belle Croix). Prenant la place de la première fontaine en rocaille aujourd'hui disparue, l'actuelle fontaine a été offerte par Elie Dussaud et inaugurée le 25 septembre 1857. La fontaine aux micocouliers adossée à l'église bordée par deux micocouliers, elle a été édifiée au XIXe siècle sur l'emplacement du cimetière qui, jadis, entourait l'église. La fontaine Saint-Pierre a été la première fontaine publique construite en 1850. La fontaine des quatre saisons, située à la Porte du Prince, abreuvait les trois ou quatre mille moutons qui se dirigeaient vers les alpages du Vercors. Courthézon était alors le carrefour des transhumants. L'eau de toutes ses fontaines est fraîche et potable. »


LES FONTAINES WALLACE font partie de ces fontaines qui vont révolutionner le système d’approvisionnement en eau dans le dernier tiers du XIXème siècle.

 

FONTAINES D’EAU POTABLE, GRATUITES ET ACCESSIBLES POUR TOUS LES HABITANTS

 
Durant la guerre de 1870, en plein Siège de Paris, Sir Richard Wallace, riche philanthrope désintéressé, prit la courageuse décision de rester dans sa Villa Parisienne, pourtant assiégée, pour mettre son argent et son talent au service des habitants, afin de :

- Fonder un Hôpital accueillant les victimes des bombardements

- Aider les plus démunis

- Distribuer des vivres à la population

- Offrir un point d’eau potable et gratuit pour tous, et principalement aux pauvres

 

À cause de la guerre, de nombreux aqueducs ayant été détruits, et en plus de toutes les misères subies par les habitants, le prix de l’eau potable auprès des « marchands d’eau » était devenu supérieur au prix du vin des « marchands de vin ».

… Bonjour les dégâts… !!!

En raison de toutes ces nécessités impérieuses et de tous les nécessiteux qui commencent à se multiplier, Sir Richard Wallace se donna alors les moyens et la volonté de concrétiser discrètement et rapidement un projet de fontaines d’eau potable, gratuite et accessible à la population.

 

Il dessina donc des modèles de fontaines, en Grand ou Petit Modèle « à Cariatides », et « en applique ».

Sculptées par Charles-Auguste Lebourg, réalisées en fonte verte***, ces fontaines furent édifiées dans les différents quartiers de Paris.

 

La 1ère Fontaine Wallace fut mise en activité dès le mois d’août 1872.

Elle eut un succès fou.

Bousculades et éclaboussures garanties lors de l’inauguration de cette eau tombée du ciel en Fontaine Wallace sur le boulevard de la Villette !

L’eau fut ainsi remise à flot, petit à petit, en minces filets d’eau, grâce à l’installation de ces premières fontaines dans un Paris alors assiégé et détruit par la guerre de 1870.

 

TRÈS ESTHÉTIQUES, ces fontaines Wallace sont aujourd’hui toujours aussi magnifiques, toute à la fois sobres et imposantes. Bien visibles installées sur une Place, elles se découvrent à la croisée des rues, rappelant le vert émeraude des flots de l’eau…

Le « Modèle à cariatides » :

Pour ce modèle « à cariatides », comme l’est celui de la FONTAINE SAINT-ANTOINE, Wallace s’était inspiré de l’architecture de la Fontaine des Innocents, et il y ajouta la représentation de cariatides (femmes), qui représentent la décoration caractéristique majeure des Fontaines Wallace.

La Femme mise en parallèle avec l’Eau exprime en effet les principaux symboles maternels dispensateurs de vie. La femme et l’eau représentant des mères tendres et nourricières, et elles ont toujours été très omniprésentes sur toutes les fontaines dans l’Art de la Renaissance.

 

Les 4 cariatides symbolisent les qualités de Charité, Sobriété, Bonté, Simplicité :

- Cariatide Charité, représentée les yeux ouverts, symbolise l’été

- Cariatide Sobriété, les yeux fermés, symbolise l’automne

- Cariatide Bonté, yeux ouverts, symbolise l’hiver

- Cariatide Simplicité, yeux fermés, symbolise le printemps

Elles semblent se ressembler, mais quelques détails discrets  (plis de leur robe, position de leurs pieds, etc…) les différencient les unes des autres.

 

Soutenue par ces 4 cariatides, la vasque (aujourd’hui protégée par une grille) recueille le mince filet d’eau qui coule depuis le centre du dôme de la fontaine.

 

Les autres décorations et mises en relief  sur les côtés des fontaines Wallace sont :

- la conque (coquillage) : contenant, symbole de l’ouïe

- les perles qui s’en échappent : représentant les flots, symbolisent la parole

- Le dauphin : mammifère à corps de poisson vivant dans l’eau, c’est la créature qui symbolise le lien entre l’eau et la terre.

- Le trident : à l’origine, instrument de pêche, le Trident est un Sceptre terminé par 3 pointes. C’est l’attribut du dieu Neptune (Poséïdon). Dans la symbolique, il désigne la qualité des 3 sortes d’eau qui se trouvent sous la terre : les eaux salées de la mer ; les eaux des étangs ; les eaux douces des fleuves, des rivières, des sources et des FONTAINES.

- le triton : créature à figure humaine et dont le corps se termine en queue de poisson, le Triton évoque le mugissement de la mer déchaînée, ce qui explique que son attribut soit la conque marine qui, semble-t-il, permettrait d’entendre la lointaine rumeur des vagues lorsqu’on l’approche de l’oreille.

 

Le modèle « en applique »

Au milieu d'un fronton semi-circulaire, la tête d'une naïade déverse un petit filet d'eau qui vient tomber dans une vasque marine, reposant entre deux pilastres.

Deux gobelets permettaient également d'y boire, mais ces gobelets furent retirés au titre de la loi de 1952, par mesures d’hygiène.

Ce modèle, moins coûteux à installer, devait être multiplié le long des murs des édifices à forte concentration humaine du type hôpitaux, casernes, … Il n’en reste aujourd'hui qu'un seul exemplaire, situé rue Geoffroy-Saint-Hilaire.

 

Le « Petit Modèle »

Le « petit modèle » de fontaine Wallace est une simple borne-fontaine à bouton-poussoir.

Sobre et pratique, il est largement installé et utilisé dans les squares et les jardins publics.

 

TRÈS UTILITAIRES, ces  différents modèles « à cariatides » et « en applique », ou « Petit Modèle », conçus et financés entièrement par Sir Richard Wallace, connurent tant de succès que la Ville de Paris poursuivit cette œuvre de Wallace, après sa mort, en créant et en installant un modèle, plus simple :

 

Le modèle « à colonnettes »

La symbolique majeure des fontaines Wallace,  la Femme, n’y apparaît plus et se simplifie par un modèle simple « à colonnettes ». Les Cariatides sont remplacées par des Colonnettes.

 

Après la mort de Walter Wallace, tous les modèles de fontaines seront des copies des fontaines Wallace d’origine, et seront « dites Wallace ».

 

 

Non seulement dispensatrice d’eau gratuite pour tous, mais aussi très décoratives, les Fontaines Wallaces s’étendent à tous les quartiers, puis à toutes les villes.

Elles y deviennent ainsi petit à petit les seuls points publics d’approvisionnement en eau, contrôlées par la Ville et certifiée potable pour les habitants.

Leur succès est tel qu’elles s’étendent à toutes les grandes villes françaises et européennes.

 

C’est donc un immense progrès simple et utile pour tous qui fut réalisé par Sir Wallace, et cela, durant l’urgence d’une période difficile de l’Histoire, avec ces FONTAINES WALLACE.

 

Même à l’ère des robinets d’eau individuels, les fontaines restent aujourd’hui des bienfaitrices importantes pour la vie des habitants en collectivité dans une ville.

Source de bien-être, de fraîcheur, de repos, de jeux et de rassemblement pour les habitants, elles servent  aux sans-abri, aux vagabonds, aux touristes, aux randonneurs, aux passants avec leur chien, et aux mamans avec leurs enfants, pour se rafraîchir ou se désaltérer.

Elles peuvent concrètement s’avérer utiles pour dépanner en cas de problèmes dans un quartier.

Il convient donc de ne pas négliger, de ne pas gaspiller, et de prendre grand soin de ces fontaines qui s’écoulent en mince filet d’eau vivante et claire.



UN GRAND MERCI À COLETTE
POUR CETTE PROMENADE SI RAFRAICHISSANTE
À LA SOURCE DES FONTAINES !

 

à suivre : la Fontaine Charlemagne…

 

 

* Le quartier du Marais : situé dans un triangle dessiné entre l’Hôtel de Ville de Paris, la Place de la Bastille et la Place de la République, le Quartier du Marais était une zone très marécageuse et inondable sur la rive droite de la Seine comprise entre un bras mort des grands boulevards et le cours principal de la Seine.

Ce Quartier fut exploité comme pâturage puis cultivé dès le IXème siècle.

Des ordres religieux s’y installèrent (dont en 1240 le Prieuré de l’Ordre du Temple) y protègeant de nombreux artisans et commerçants.

Au tout début du XVIIème siècle, la Place Royale de Henri IV (1605) attire toute la Noblesse Parisienne qui vient s’y installer (Hôtels Particuliers).

Dès le XVIIIème siècle, après un déclin accentué par la construction de Versailles, le Quartier du Marais sera déserté par l’élite Parisienne qui va choisir également de partir s’implanter dans les Faubourgs plus larges de Saint-Honoré et de Saint-Germain.

La Révolution Française achève d’en chasser les derniers propriétaires fortunés et le Quartier du Marais est alors occupé par la population des artisans et des ouvriers qui utilisent les hôtels particuliers comme habitations et ateliers.

Le Quartier sera rénové en 1969 par André Malraux qui y lance un programme de sauvegarde, de préservation et de rénovation.

Ce Quartier est aujourd’hui une partie des IIIème et IVème arrondissement de Paris (délimitée par la Rue Beaubourg à l’Ouest, le Boulevard Beaumarchais à l’Est, la Rue de Bretagne au Nord, et la Seine au Sud).

 

** Le nom de la rue Saint-Antoine vient du fait qu’elle menait à l’Abbaye Saint-Antoine (ou Abbaye Saint-Antoine-des-Champs), convertie en Hôpital en 1790 (Hôpital Saint-Antoine). Son Saint Patron est Antoine le Grand, Moine en Égypte au IVème siècle.

 

*** Œuvre des Fonderies du Val d’Osne près de Saint-Dizier (Haute-Marne)

 

(infos § photos) : http://fr.wikipedia.org/

http://fontainesduvar.perso.cegetel.net/histoire/histoire.htm