un 7ème sens ? le sens critique...
Par ces temps difficiles, des mots et des images clichés d’idées globalisent nos petites et grosses misères et enferment nos petits et grands bonheurs.
Du simple quotidien individuel à l’histoire collective des hommes, le paysage s’est rempli d’objets conceptuels prêts à tout faire pour nous. Des nuées de politiques, qui ne savent plus que faire, se tirent dans les pattes pour ramener leurs oies et leurs moutons égarés. Des kits d’experts en ceci et en cela sont montés en masses pour nous expliquer qu'il faut faire ceci ou cela.
Dans un monde, dit réel, tout plein d'idées et d'explications, et même... quelques solutions assenées et imposées. Mises en flots de paroles ininterrompues, d'images successives et saccadées, les idées sont censées remplir nos caddies et nous imposer un charabia d'orientation, un point de vue et une méthode. Même les notices du plus simple appareil !
Heureusement, quelques uns qui ne se prennent pas pour des soignants exposent certains remèdes très basiques contre ces clichés d’idées reçues. Qu’ils soient comiques ou sérieux, pour eux, tout peut devenir un peu plus simple et bon pour s’écarter des sentiers battus et rebattus…
Ils énoncent simplement qu’il n’est nul besoin de détachements individuels cyniques, d’arènes de combats politiciens, ou d’empilements de « diagnostics d’experts » sur les maux qui nous assaillent nos sociétés, pour se donner la capacité d'agir afin de se réappropier la maîtrise de sa propre vie et de ses propres savoirs.
Les savoirs de chacun s'additionnant pour le savoir de tous.
L'assistanat dans le mauvais sens du terme a caractérisé nos sociétés et nous en sommes devenus dépendants.
C'est l'échange et le partage des découvertes de chacun qui pourrait permettre de participer au mieux de tous. Les expériences menées en ce sens fonctionnent très bien (exemples des S.E.L.S)
Une solution : la capacité de penser par soi-même !
Le dernier livre que j’ai sous les yeux «le spectateur émancipé» parle de cette capacité
ça pourrait donc exister, un spectateur émancipé ? au milieu de tous ces mots et de toutes ces images ?
Un philosophe y énonce que la pensée critique est accessible à tout homme.
Pour cela, il propose deux clefs :
La première clef se nomme « émancipation » :
Car c’est « couper le cordon » qui est le plus difficile. Et le cordon est multiple, qu’il soit cordon ombilical, cordon affectif, cordon électrique ou cordon de sécurité, …
Qui n’a pas son petit cordon… qui ?
il semble que le cordon des idées reçues soit constitué de fil de fer barbelé...
J’apprécie vivement cette petite lucarne ouverte proposée sur les possibilités et les aptitudes dont nous disposons tous sans exception, pour que chacun puisse se réapproprier sa propre vie et en comprendre le sens.
Je dirais même plus : les sens !
visions et interprétations possibles et pleines d'imagination, permettant de se déconnecter et de débrancher pour être attentif à soi-même et aux autres :
plus du tout de «savants» sur l’estrade et «d’ignorants» assis en rang d’oignons, finie la distinction entre «la masse qui écoute et obéit» et «ceux qui expliquent tout», et surtout, terminée l’opposition entre «ceux qui ne comprennent rien de rien» et «les experts qui savent tout» !
les surlignages d’idées et surexposition aveuglante d’images, ne mettent en ligne et en lumière que ce que ces experts veulent bien éclairer sous les spots d'une scène médiatique et médiatisée !
Expliquer une image ou un livre à quelqu'un d'autre ne sert à rien... Lire chaque soir une histoire à son enfant est une véritable richesse pour lui.
l'homme voit, sent, touche, entend, goûte, il dispose de tout un matériel naturel à sa disposition pour penser.
Et il n'a surtout pas besoin qu'on lui explique "ce qu'il pense", "ce qu'il doit penser", non plus que "comment et quand il doit penser".
l'homme est autodidacte par nature. Depuis les origines de l'humanité, il n'a pas attendu le moindre expert pour vivre ou survivre.
Le philosophe n'est pas là pour soigner (c'est le médecin qui est censé soigner), il est là pour poser des questions. Il n'est pas là pour apporter des solutions ou des explications toutes faites, tombées du ciel « ABRACADABRA… ET VOILÀ ! » comme par magie (c'est le technicien qui prouve que sa machine fonctionne).
Matériels et supports sont à la disposition l'homme et il peut d'abord s'en servir pour apprendre à se connaître
prendre d’abord conscience de soi, de l’autre ensuite, des autres en complément, du monde par la même occasion
en dehors des clichés pris à la sauvette et imposés avant terme.
de "l’homme bavard" atteint de logorrhée, à "l’homme aliéné par l’excès d’images" manipulé ou apathique, en passant par "l’homme indifférent" égoïste à ce qui l’entoure, ou encore "l'homme cynique", jusqu’à «l'homme extrêmiste et jusqueboutiste » qui veut à tout prix convaincre,
L’homme est capable de se libérer de tous ces carcans, de même qu’il est libre de choisir OU de ne pas choisir
dans le vaste monde si merveilleux… une fois tous les clichés balayés, et muni de quelques recommandations d’usage personnel, chacun est alors à même de le parcourir, à son rythme, comme il l’entend , pour en cerner sa réalité !
Son idée du monde :
des idées fondées, ancrées et qui font corps avec ce qu'il a vécu, en lien avec ce qu'il vit ou ce qu'il aura à vivre.
L’HOMME INCARNE ET VIT LES IDÉES comme la misère, le bien et le mal, les dépendances DANS SON CORPS et LES RESSENT DANS SON CŒUR. Ces idées prennent ALORS LA FORME DE RÉALITÉS BIEN TANGIBLES ET BIEN PALPABLES : des marques et des cicatrices dans son corps et dans son coeur.
Il est donc entièrement capable de prendre conscience et d’ exercer son esprit critique pour les idées qui lui tiennent à cœur ou qui le prennent au corps, qu’elles soient ressenties et/ou vécues, sans se laisser influencer par quelque message de propagande politique ou de consommation publicitaire que ce soit.
deuxième clef : le sens critique !
le monde en images :
«l’homme envahi par les images», d'après ce philosophe, est un cliché.
Avec la « société du spectacle » dans les années 70, Guy Debord dénonce certaines influences en montrant l’amoncellement de marchandises OU des starlettes à Cannes. Il pense que cela peut faire naître chez le spectateur la conscience de ce système de domination sur les esprits, ainsi que la volonté de ces mêmes spectateurs pour lutter contre. Or, vu l’accumulation d’images, il est possible d’en conclure qu’il ne suffit pas de montrer une image ou d’énumérer et d’énoncer des suites de mots aux hommes pour leur en dénoncer les maux de leur société…
En tant qu'interprète de ses 6 sens (le 6ème serait le sens de l’intuition...), l’être humain est très divers en modes de fonctionnement, et ses fonctionnements sont très aléatoires :
Certains applaudissent à la représentation de l’horreur, tandis qu’ils ne feraient pas de mal à une mouche dans la réalité…
Certains autres se réjouissent vivement de voir représenter sur scène la générosité, bien qu’ils passeront dans la réalité indifférents devant un miséreux…
D’autres se détournent ou s’offusquent du spectacle des images d’horreur déversées autour d'eux, tandis qu’ils commettent chaque jour la pire maltraitance sur leurs semblables.
Quelques autres se délectent à la représentation du mal, pour s’en inspirer dès que l’occasion leur en est donnée.
Aucune image, ni toutes les images du monde, n’y suffiront jamais, pas plus que tous les mots ou tous les silences des peuples du monde entier ! pour dresser un seul homme à une explication et à une solution unique.
Aujourd’hui, un dernier nouveau diktat concernant les images est qu’on ne peut pas tout montrer en images et qu’il existerait bien un « irreprésentable », tandis qu’en revanche il serait possible de tout raconter et de tout dire…
Ce dernier point est encore à prouver...
Vaste programme ! bien maîtrisé, la plupart du temps, lorsqu’il est réalisé, bien encadré, « en virtuel » ou « en télé-réalité » show !
alors que des cinéastes dans le film « Hiroshima mon amour » et dans le film « Shoah » montrent combien la parole et l’image se complètent l'une l'autre, équilibre subtil entre silences éloquents et reportages dans ce qu’ils contiennent de représentations sanglantes pour l’humanité toute entière : sous nos yeux, là, la destruction de notre propre humanité.
L’homme est tout-à-fait capable de faire la distinction entre « rêves et réalités », «propagandes et utopies» et «manipulations et émancipations», «besoins et dépendances», entre "récupération et réappropriation"
De même que nous disposons de la mémoire, et que chacun se souvient de ce dont il a besoin au moment où il en a besoin. Je suis étonnée par cette expression utilisée "devoir de mémoire" et je me demande bien encore d'où elle sort, de quels cerveaux d'experts... ?
l'homme peut donc disposer de son esprit critique !
sur les réalités du monde :
Ce sont tous les hommes, leurs représentations singulières § leurs environnements (propres aussi, si possible, mais point trop n’en faut… à l’ère de monsieur propre !) :
Et s’il nous est possible d’entendre beaucoup de personnes déversant un flot de paroles, et de décrypter un flux d’images copiées/collées, nous voyons en réalité très peu de véritables images authentiques et universelles des multiples réalités de l’homme, des hommes et de l’humanité.
S’ensuit alors tout ce défilé d’experts :
Les experts sont des gens très importants dans notre monde actuel. Ils viennent, tels des nouveaux messies des temps modernes, pour nous dire ce que nous devons penser des mots, ainsi que nous expliquer les images du monde qui nous sont imposées. Alors qu'ils peuvent intervenir de manière appropriée et efficace dans des domaines techniques spécialisés ou professionnels, certains débordent de leur cadre pour envahir les champs des hommes.
Pour quelles raisons ?
Alors que chaque homme est parfaitement capable de se prendre en main et de se mobiliser pour l’action qui lui semble importante ou vitale en temps et en heure.
En refermant ce livre, IL est clair QUE LES motS que J'en ai lus ET LES IMAGES que je m'en suis faites se sont adaptés à ma vision du monde.
Chacun peut s'approprier LES MOTS. C'est pour cela que LA LECTURE est importante, puisqu'elle permet de se former SES IMAGES dans l'imaginaire.
Incarnés en chacun ou pas, les mots PRENNENT SENS ou NON-SENS, décident du moteur de l'action OU du bouton "OFF" pour la pause, ET PARTICIPENT À LA DIVERSITÉ d'un INCONSCIENT et CONSCIENT COLLECTIF.
Ainsi, les mots et les images ne pourront plus jamais être aussi vulgairement récupérés et distortionnés par des légions d'experts.
Nous somme tous invités… à exercer notre 7ème sens, le sens critique !
Tout homme peut devenir l’artisan de sa propre expertise !
l'Universel ne peut se fonder que sur l'addition de toutes les singularités, sinon il n'est plus universel...
TerreHappy
sources :
Jacques Rancière « le spectateur émancipé »
(Télérama n°3074 – 10/12/2008 – p.17 : « l’entretien avec Jacques Rancière »