Colombie #2 : Y’A PAS CARTA !

Publié le par TerreHappy

Hors du temps…

Même tassés comme des sardines dans le mini bus de Tunja à Villa de Leyva, nous avons déjà l’impression que nous changeons de dimension et que nous faisons un saut dans le temps :plus du tout de Clim/TV, fenêtres grandes ouvertes (mesdames, oubliez vos cheveux dans le vent et faites des nattes !), à la débrouille, le demi-bus se remplit en quelques minutes des bruits des passagers qui discutent entre eux, casent leurs sacs, échangent ou proposent leur siège par commodité.

Lorsque nous démarrons, chacun a trouvé sa place…

Une femme accompagnée de sa petite fille monte à l’arrêt suivant, en pleine cambrousse. Dans ses bras, enveloppé dans un joli châle coloré, un nourrisson de quelques jours à peine…

Un homme lui cède sa place et va s’asseoir à côté du chauffeur. La femme et la petite fille s’installent à 2 sur le siège.

C’est déjà une autre planète sans bruits infernaux, mouvements pressés ou communications brusques et inaudibles. De nombreux « Buenos dias » et « Buenas tardes » fusent, ponctuation naturelle entre deux conversations ou deux silences.

Sitôt arrivés à la petite gare routière de VILLA DE LEYVA, nous avons encore un peu plus la sensation d’avoir atteint un petit bout du monde. Malgré mini bus, taxis jaunes, estafettes, breaks et 4L qui s’activent dans tous les sens,  fini l’agitation trépidante et hyperactive… tout tourne à petite vitesse, même les moteurs… Je me dis que ma vieille petite 4L bleue serait une vedette ici et rencontrerait un vif succès !


Le village de tranquillité

Avant même d’y parvenir, j’avais cru deviner que Villa de Leyva signifiait « village de tranquillité »… ignorant la langue espagnole, mais pleine d’imagination, je m’en étais déjà fait ma propre traduction-évocation dans ma petite tête. Mon fils m’a dit plus tard que ce mot « leyva » ne signifie absolument rien à lui tout seul en espagnol, que cela peut provenir d’un nom de famille, et qu’il faudrait surtout en étudier la racine d’origine…

À l’origine, donc, VILLA DE LEYVA a été fondé par un certain De Villalobos (Hernan Suarèz) le 12 juin 1572 en un lieu nommé « Saquenzipà » près de l’Observatoire Astronomique indigène, et fut appelée « Nuestra Senora de la Villa Santa Maria de Leyva.

12ans plus tard, le village fut transféré sur son site actuel. En pleine période coloniale, le village s’est distingué par sa production d’huile d’olives, et aussi pour son blé, centre de production des grains de blé pour la Nouvelle-Grenade.

À cause de la surexploitation des sols à partir du XVIIIème siècle, ces 2 spécialités furent affectées jusqu’à disparaître quasiment.

 

En juillet, messes, processions, défilés, représentations musicales, danses traditionnelles, corridas et fête équestre continuent toujours à célèbrer pendant une semaine les Fiestas de la Virgen del Carmen, Sainte Patronne et Protectrice des conducteurs(elle a sûrement dû protéger Conductor Bruto de l’épisode précédent !!!).

Nous y séjournons 2 semaines avant cette fameuse semaine festive et très fréquentée du mois de juillet

Nous serons donc en toute tranquillité !


La vie au ralenti à Villa de Leyva

Décalage horaire encore efficace, je me réveille dès l’aube, hors du temps, je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est, mais visiblement, il est très tôt lorsque je sors de notre petit nid sur le patio fleuri de la petite « Hospederia » où nous sommes hébergés depuis hier soir. Tout y est encore très silencieux. Assise sur un banc pour lire, au bout d’un moment, je vois brusquement débouler 3 petits poussins couleur crème qui cavalent dans tous les sens comme des petits fous sur les tommettes rouges brique de la véranda. Au bout d’un moment, ils finissent par rentrer dans le couloir de l’hôtel et filent se carapater vers la cuisine.

Mon regard se pose sur un massif de fushias où un minuscule oiseau mouche tout vert vient de se poser en bourdonnant sur une corolle pour y butiner la rosée du matin.

J’aperçois alors l’hôtesse de la maison qui vient de sortir du bâtiment à côté. Elle a installé son grand fils handicapé dans son fauteuil roulant devant leur porte, et puis elle étend du linge. Elle me voit et me salue de loin. Au bout d’un instant, elle se dirige vers moi avec 3 petits cafés sur un petit plateau. Quelle attention délicate ! Elle me demande si nous avons bien dormi. J’essaie de lui faire comprendre que mes 2 grands poussins dorment encore… Elle se met à rire de bon cœur !

 

Entre brise rafraîchissante et soleil ardent, nous sommes partis sillonner Villa de Leyva, en long, en large, et en travers.

« Desayuno » ( = après le jeûne), ce mot de petit déjeuner si évocateur en espagnol me plaît bien. Nous découvrons « La Galleta » dans la Calle13, tout petit café où, c’est décidé, nous prendrons le « desayuno » chaque matin.

Ensuite, nous cheminons via les ruelles pavées, les magasins alimentaires minuscules grandes ouvertes sur leur pas de porte, les petites échoppes d’artisanat où nous apercevons parfois en fond de boutique une femme qui tricote et tisse encore. Il y a beaucoup de « ruanas » (panchos), d’écharpes, de ceintures, de sacs et de vêtements tissés.

 

Villa de Leyva est un tout petit village de 4 000 hab. entièrement restauré, et bien entretenu, à 2140m d’altitude, peu touché par les nuisances du 21èmesiècle (on y trouve quand même« Internet » et la TV partout, comme partout en Colombie !). Depuis 1954, ce village est classé Monument National.

Le rythme de vie y est encore authentique et très serein, chacun vaquant à ses occupations, tout en respectant la tranquillité de tous, et tout en utilisant et en profitant des bienfaits du monde moderne.

C’est d’ailleurs l’un des endroits favoris des citadins colombiens pour venir s’y ressourcer les week-ends et jours fériés, malgré la foule touristique qui s’y presse également ces jours-là ! Éviter donc soigneusement de n’y séjourner que durant ces périodes car vous n’en auriez qu’une vue très partielle. Même si cela rend ce petit village endormi beaucoup plus animé… De plus, durant ces périodes estivales, les prix grimpent : il convient bien tout de même que ses habitants qui sont envahis soudainement soient réveillés de leur douce léthargie quelques jours dans l’année, et s’y retrouvent un peu…

Pendant la semaine, par contre, c’est le refuge de prédilection anti-stress des artistes, des hommes politiques, écrivains, religieux, et randonneurs…

 

Je dois dire, effectivement, que c’est l’un des endroits où nous serons le moins sollicités sur un plan purement « touristique », et sinon, quand nous avons été abordés, c’est avec beaucoup d’égards, de respect et de curiosité de communication.

À peine sortis de notre « desajuno », une jeune femme brune nous tend une petite carte en nous donnant son prénom, Claudia, et en nous demandant de la contacter si nous voulons randonner à cheval. Moi, cela me tente, mais mes l’un de mes deux fistons, non ! Nous déclinons donc sa proposition, elle reste très souriante et avenante.

Nous cherchons l’Office du Tourisme pour nous renseigner sur les sites de randonnées à pieds à faire alentour. Ce bâtiment d’informations est si exigu et si discret que nous ne l’apercevons pas tout de suite. Il se situe Carrera9/Calle13, en tout petit sur un écriteau « oficina de tourismo », dans le coin Est de Plaza Major…

 

Impossible par contre de rater la Plaza Major en plein centre du village :

Immense place principale pour un si petit village, c’est même la plus grande place dans toute la Région de Boyacà : 120m x 120m – 14 000m2 – ; tous ces pavés dans un vaste carré central auraient donc été placés là pour accueillir et fêter la victoire et la visite du libérateur Simon Bolivar en 1819. Des pavés de grosses pierres grossières et irrégulières comme la plupart des ruelles du village, et où il convient de mettre, non des sabots, mais de bonnes chaussures pour y circuler ! En plein milieu, Mudéjar fontana (Fontaine) a fourni l’eau à ses habitants, et rafraîchi les enfants du village qui s’y éclaboussent toujours depuis des siècles. La place est entourée de maisons coloniales, au-milieu desquelles se dresse une bien modeste mais non moins charmante église Iglesia Parroquial de Nuestra Senora del Rosario de 1608 (un imposant retable baroque occupe tout le mur du fond de sa nef).

Plaza Major est décidément étonnante et pleine de charme. Tandis que mes fils envoient rapidement de nos nouvelles via le Bureau Internet « Servientrega » installé à quelques portes de l’église, je m’installe sur les marches de Iglisia Parroquial en les attendant au soleil. C’est déjà presque la fin de la matinée. Jusqu’à présent quasiment vide, la Place s’anime soudain de ses rendez-vous et activités au quotidien qui en jalonnent sa parfaite quadrature. Des collégiens la traversent en discutant, des mamans avec leurs enfants qui sortent de l’école, des personnes faisant leurs courses, des livreurs montant de Tunja en camionnette, deux jeunes touristes qui s’enlacent seuls au monde en plein milieu, un moine en bure grise et en sandales qui me salue d’un « buenos dias » en passant, …

De jour comme de nuit, Plaza Major représente à la fois un véritable havre de paix, de repos et d’observation constant de la vie qui s’écoule doucement, en même temps que la concentration de toutes les activités ponctuelles d’une vie collective intense et conviviale.

 

Hier déjà, à notre arrivée en début de soirée, des jeunes y étaient déjà réunis pour se retrouver, installer leur musique, et faire la fête entre eux.

Au-dessus de nos têtes, après le magnifique coucher du soleil sur les montagnes environnantes, nous avions eu droit à l’apparition progressive d’une immense voûte étoilée par une myriade de petites lueurs, uniques réverbères éclairant la place…

Un véritable spectacle de sons silencieux et de lumières à eux tout seuls !


de NARINO à RICAURTE 

Vu qu’il fait assez chaud aujourd’hui, et sieste oblige, après avoir aperçu la statue de Antonio Narino sur le Parque Narino, nous décidons de poursuivre notre visite du village en nous réfugiant à l’ombre de la Casa Museo de Antonio Narino (Carrera9 n°10-19).

Dédié au petit père précurseur de la lutte pour l’indépendance de la Colombie à la fin du XVIIIème siècle, Antonio NARINO (1865-1823) est le digne représentant de la vie intellectuelle et politique nationale colombienne. Il y vécut Carrera9n°19-58 jusqu’à sa mort.

Farouche défenseur des Droits humains, c’est également là qu’il se réfugia pour traduire enespagnol la « Déclaration des Droits de l’Homme » de Thomas Paine’s Jefferson, elle-même inspirée de la DDH française.

Le préambule de cette Déclaration en espagnol est gravé dans la pierre à l’entrée de ce Musée qui est entièrement dédié à la mémoire, à la pensée de Antonio NARINO, ainsi qu’à la divulgation au XVIIème siècle des Droits de l’Homme et du Citoyen :

« El Presente Texto es fiel copia transcrita del Original
DECLARACION DE LOS DERECHOS DEL HOMBRE Y DEL CIUDADANO » 

NARINO FUT VAINCU PAR SES ENNEMIS POLITIQUES :
NARINO fue vencido por sus enemigos politicos
« Carta a Antonio BARAYA,
el 19 de Marzo de 1813
Mi amor a la libertad, mis sacrificios de veinte anos, no se pueden empanar sino mientras este al frente de un gobernio que tanto se codicia ; pero al instante que lo deje y desaparezca de entre estos mismos que ahora tan negativamente me pintan, estoy seguro que conoceàn que solo he hecho sacrificios, y quizà también de que habia encontrado el camino de que fuéramos libres. » (Palabras de Antonio NARINO cuando era Presidente de Cundinamarca)

 

Nos 3 jours ici ne nous donnerons pas le temps de visiter tous les Musées, car si petit qu’il soit, ce village comprend une demi-douzaine de Musées dans d’anciens bâtiments coloniaux, tels : 

3 autres églisesont été érigées également dans ce village :

Iglesia de San Francisco, Iglesia de San Agustin (dont le Museo San Agustin), Iglesia del Carmen et son Museo del Carmen situé Plazuela del Carmen près du Couvent del Carmen. S’y trouvent exposées toutes les œuvres principales religieuses de la Région de Boyacà (peintures, gravures, sculptures et autres objets religieux à partir du 16èmesiècle).

Un autre Musée situé Plaza Major, Casa Museo de Luis Alberto Acuna, est consacré à l’artiste Luis Alberto ACUNA (1903-1993) qui fut également peintre, sculpteur, écrivain et historien. Fortement influencé par les thèmes de la mythologie Muisca et par ceux de l’art contemporain, il aurait trouvé à Villa de Leyva la tranquillité nécessaire pour le travail de sa fin de vie.

 

Dans le Parque Ricaurte, Le Museo Antonio Ricaurteest logé dans la « Casa » même où Antonio RICAURTE naquit en 1786.  Sur le Parque, se dresse la statue de l’illustre héros, vénéré aussi par le peuple vénézuélien. Nous nous arrêtons devant :
« El Pueblo de Venezuela
al illustre heroe neogranadino
Antonio RICAURTE
Nacido en Esta Villa de Leiva
E immortalizado en
San Mateo Venezuela
1786-1814 »

Combattant pour l’indépendance sous Bolivar, Antonio Ricaurte reste dans la mémoire nationale pour son acte de sacrifice héroïque durant la bataille de San Mateo (près de Caracas au Vénézuéla) en 1814, une bataille qui coûta cher :
"Tandis qu’il défendait une enceinte de la ville de San Mateo, alors encerclée par les troupes espagnoles, il les laissa rentrer à l’intérieur. Puis, ayant au préalable fait charger tous les canons, il ordonna de tirer sur tout ce qui bougeait, y compris ses propres soldats et… lui-même ! La bataille fut gagnée à ce prix…"

Même les « arbres à barbe » centenaires qui bordent cette Plazoleta en restent tout interdits...


De vieux fossiles…

Après Narino et sa déclaration des droits de l’homme, nous nous dirigeons toujours à pieds à l’extérieur de la ville. Un peu à l’écart, à 2km au NE du village sur la Route qui mène à Arcabuco, nous partons visiter le Museo Paleontologico.

La route, bordée d’une allée piétonnière de chaque côté, est vraiment agréable. Dans les prés alentour, des chevaux. Devant une maison, une femme et sa petite fille s’occupent pour veiller à ce que leur vache blanche à bosse allaite bien son petit veau. Toutes les personnes que nous rencontrons nous saluent d’un « buenas tardes », même les enfants qui rentrent de l’école.

Cheminant en pleine campagne, nous parvenons ainsi devant un joli bâtiment champêtre, entouré de fleurs et de plantes. Le Museo Paleontologico est installé dans la Casa Molino de Ola Osada, un ancien moulin à blé datant lui-même de la période d’origine du village de Villa de Leyva

Il contient une collection de fossiles locaux, animaux et végétaux, retrouvés dans la localité. La majeure partie des fossiles date approximativement de 130 millions d’années, période du « Cretaceo Temprano », époque où une grande partie de la Colombie était recouverte à certains endroits par la mer. Cette région fut donc une vaste mer intérieure il y a  environ 100 à 150 millions d’années !

Outre le fait qu’il expose les fossiles découverts, ce Musée participe également à la campagne de sensibilisation que les fossiles font partie du patrimoine, en espagnol « Patromonio de Todos » = Patrimoine de Tous ! – ainsi qu’à la mise en valeur de ce patrimoine.

Il tend également à lutter contre le pillage, le trafic et la vente des fossiles, parfois faux cils… aux touristes de passage.

Aussi, prenez bien soin de ne jamais chercher à acquérir et à vous approprier quelque fossile que ce soit…

 

La Région abonde en fossiles… vous l’avez deviné… vous pouvez donc les observer sur le sol et les photographier si vous en découvrez un au hasard de votre randonnée, mais il convient de ne jamais les déloger de leur emplacement naturel, ni de s’en emparer.


Rencontre avec quelques Kronosaurus

Pedro Luis P.R. § le mythe d’El Dorado

Le lendemain, sur la Plaza Major, juste avant notre départ pour une 2ème randonnée à pied, un homme passe qui nous salue d’un joyeux « buenos dias » auquel nous répondons. Il passe devant nous, puis revient sur ses pas… et se présente : Pedro Luis P. R.Nous commençons à nous présenter et à discuter avec lui. Nous apprenons qu’il est de Tunja, qu’il a fait ses études d’histoire à l’Université de Tunja, et qu’il y est guide.

Il nous renseigne sur tout un tas de choses intéressantes sur l’histoire et les origines de ce mythe de « l’Eldorado » en Colombie. Mon fils aîné nous traduit ses propos :

Une position géographique privilégiée :

« C’est en Colombie que ce mythe de l’Eldorado serait né, à l’époque des Conquistadors, attirés par les richesses qui y semblaient inépuisables :
- accès sur 3 mers(l’Océan Atlantique, la Mer des Caraïbes et l’Océan Pacifique), donc 3 zones côtières,
- au Sud, mystères de la jungle amazonienne,
- de l’Est jusqu’au bassin de l’Orénoque, les « llanos » (vastes savanes pratiquement inhabitées)
- au centre, les vallées profondes et fertiles des 2 fleuves Rio Cauca et Rio Magdalena,
- et les 3 Sierras (Cordillères) qui s’étirent de la frontière équatorienne jusqu’aux plaines des Caraïbes (dont la Sierra Nevada de Santa Marta au Nord en bordure des Caraïbes qui est la plus haute chaîne côtière du monde).

Des peuples nomades aux sédentaires :
Aujourd’hui, il est généralement admis que les premiers « peuples » de chasseurs-cueilleurs nomades auraient pu migrer de la partie asiatique sur la partie américaine, en suivant des troupeaux d’animaux sauvages, par un étroit passage de glace solide durant la dernière période glaciaire il y a environ 40 000 ans (actuel Détroit de Béring).

Certains groupes se seraient aventurés progressivement de plus en plus bas, par l’étroite bande de terre de la partie centrale américaine (actuels pays Mexique, Nicaragua, Costa Rica, Panama), vers la partie sud-américaine, pour arriver dans ce qui est aujourd’hui l’actuelle COLOMBIE. De là, ils seraient descendus tout le long de la côte ouest le long de la Cordillère des Andes (actuels pays Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie, Chili, Argentine et Patagonie), et tout le long de la côte Nord(actuels pays Colombie, Vénézuéla, Guyana, Surinam, Guyane française), ainsi que tout le long de la côte Est (actuels pays Brésil, Paraguay, Urugay, Argentine, Patagonie)

La boucle semble bouclée.

Pourtant, de cette lointaine époque, rien n’est aussi simple, ni vérifiable…

Cependant, la découverte de grottes, d’amas de coquillages et d’outils en pierre datant de -17 000 ans attestent d’une présence humaine dans ce que sont aujourd’hui les actuels pays du Pérou et du Brésil, et certains vestiges estimés à -12 500 ans prouvent la construction d’habitats sédentaires très anciens et assez élaborés dans l’actuel Chili.

Les cultures de pomme de terre, de maïs, de manioc et de patate douce auraient fait partie des 1ers légumes cultivés chez les peuples andins depuis -7 500 ans. Ainsi que la domestication d’animaux (lama, alpaga, cochon d’inde, chien), et la pêche pour toutes les tribus côtières entre les pays actuels Équateur et Chili (hameçons en os, coquillages pointus et épines de cactus pour pêcher dans le Pacifique). 

Des poteries et des métaux précieux de plus de 3 000 ans ont été retrouvés qui témoignent de reliques en or et en argent, lesquelles auraient été très utilisées par des civilisations raffinées et de plus en plus complexes, des actuels pays Pérou, Bolivie, Équateur et jusqu’en Colombie, notamment par LA CULTURE CHIBCHA. Ces objets finement travaillés auraient atteint un niveau artistique et technique très élaboré.

naissance du mythe d’El Dorado :

C’est à partir de cette Culture Chibcha (actuels Muisca), l’une des plus anciennes de Colombie, rencontrée par les Conquistadors, que serait donc né « le mythe d’El Dorado »…
… par l’intermédiaire de cette légende Chibcha qui intrigua vivement les Conquistadors lorsqu’ils débarquèrent en Colombie :
« Il y a très longtemps, les Chibchas adoraient le soleil et ils pratiquaient le sacrifice humain en son honneur. Les Conquistadors entendirent alors cette légende selon laquelle, lors de la cérémonie d’investiture d’un nouveau Roi Chibcha, des statues en or étaient jetées au fond du Lac Guatavita pour pacifier les dieux. Ensuite, une fois le Roi Élu, tout son corps était alors entièrement recouvert de poussière d’or, puis il était lavé dans les flots du lac. Il était ainsi consacré « El Dorado » ( = « Le Doré » ) ».

Cette vieille coutume ancestrale, racontée à travers les histoires légendaires, renforça et perpétua la recherche d’un fameux Eldorado chez les Conquistadors, qui en conclurent que les eaux du lac étaient encore remplies de paillettes d’or ! De là, ils se seraient mis en quête de l’existence d’une éventuelle et mythique cité de l’Or, aux richesses fabuleuses et inépuisables…  

 

(Suite à ce cours d’histoire légendaire, nous avons échangé nos adresses e-mail avec Pedro L. pour rester en contact.

Et justement aujourd’hui, alors que j’écris cet article, il vient de m’envoyer un message, s’informant de notre santé, de notre bon retour en France, et de l’envoi d’une vidéo dont il nous a parlée, sur la Colombie).      Fosil Kronosaurio § Co

Museo El Fosil, notre destination de randonnée, se trouve à 6kms direction Est de Villa de Leyva, dans la « Vereda de Monquirà » (petite localité de Villa de Leyva), en empruntant au début la Route qui mène à Santa Sofia… Ensuite, c’est par un sentier vaguement sur la droite, et puis encore un peu sur la droite… Un peu au pif, nous nous retrouvons brusquement à traverser la vaste zone d’un paysage lunaire, presque désertique, qui tranche complètement avec les alentours.

Petit aperçu de la diversité étonnante de cette région, où le Cactée des sables côtoie le Mélèze montagnard, et où le farouche Mimosa s’affiche avec la vulgaire fleur de Trêfle !

 

Avec un peu de chance, notre bonne étoile, et après 2h de marche, où nous avions lambiné le nez au vent en plein soleil, mon fils ayant pris quelques photos, et aussi le hasard faisant bien les choses… Comme nous recherchions notre chemin, tiens ! nous sommes tombés sur Claudia passant à cheval avec 2 touristes, elle nous a souri et a dit « c’est par là, suivez-nous ! ».

C’est ainsi qu’en suivant Claudia et ses chevaux aux sabots, nous avons pu atteindre le site en tout début d’après-midi.

Nous en profitons pour pique niquer en pleine nature, avec les spécialités à emporter que nous avons achetées ce matin au village : « arepas » (galettes de maïs nature ou au fromage), « empanadas » (chaussons de maïs fourrés de viande de porc hâché, de riz et de légumes, ou de fromage). Quelques fruits également, les « granadillas », dont nous nous gavons jusqu’à plus soif du matin au soir. Ce délicieux fruit rond ou légèrement ovale de la taille d’une orange, à la coque fine orange tachetée de brun, une fois cisaillée en deux avec l’ongle, offre une chair jaune verdâtre toute gluante et flasque truffée de petits pépins marrons foncés, que l’on gobe et qui rafraîchit.…

 

Quant à El Fosil Kronosaurus boyacenses Amperetrouvé à cet endroit, il nous attendait patiemment… la brave bête !

Il (ou elle ? who knows ?) est en excellent état de conservation, dans un vaste bâtiment édifié en 1977 au-dessus et autour de lui, spécialement adapté pour lui (son bassin, ses rebords § ses barrières…), le petit veinard, bien à l’abri en l’état de fossile complet, relique géante de 8m de long x 2,50m d’envergure figée par les temps, et intransportable, on s’en doute… Ce reptile marin, redoutable prédateur, y est étalé exposé sur toute sa longueur tel qu’on l’a découvert et mis à jour. Il a visiblement perdu sa queue, queue qui l’aurait rallongé de 5m… et de plus, ce ne serait qu’un petit bébé kronosaurus !

À ce jour, il est l’un des 2 seuls représentants répertoriés de son espèce de 130millions d’années… (le 2èmespécimen se trouvant en Australie).

Fier, le p’tit mec kronosaurus ! Avec lui cohabitent donc, plus discrètement mais d’assez bonne taille également, et un peu à l’écart, un Plesiosaurio et un Ictiosaurio


Sur les rotules, retour d’El Infiernito… 

Du sentier « Kronosaurio » nous prenons la direction du sentier « El Infiernito », conseillé sur les indications du personnel du Museo El Fosil. Ils nous ont dit que c’est également situé sur la « Vereda de Monquirà », que ce n’est qu’à 20mn à pieds de là…

Malgré que nous soyons assez bons marcheurs, il nous faut tout de même 1 petite heure pour y parvenir enfin, et encore… tout à fait par hasard !

Nous serions-nous une fois de plus trompé de sentier ? ou bien une subtile bifurcation nous aurait-elle échappé ? Toujours est-il que nous en avons encore rajouté dans la rallonge pédestre…

 

Observatorio Astronomico Muisca date d’environ -1 500 ans et fait assez fort aussi question « rallonge » :

La zone « Observatorio Solar Muisca » contient 30 gros monolithes cylindriques en pierre et de tailles différentes, enfoncés à la verticale dans le sol à 1m les uns des autres, répartis et disposés sur deux alignements de 9m de long.

En fonction des positions du soleil dans le ciel, ces monolithes auraient servi à observer les cycles solaires et ses phénomènes astronomiques. En mesurant la longueur de l’ombre produite par ces monolithes, les Muiscas (descendants de la très ancienne Culture Chibcha) auraient ainsi pu déterminer la saison de l’année, et planifier leur agriculture ainsi que toutes leurs autres activités qui étaient très liées aux rites de la Fertilité, de la Fécondité et de la Sexualité.

L’absence totale d’ombre (correspondant au plein zénith solaire), et qui se produisait durant un court instant 2 fois par an un jour précis de Mars et de Septembre, aurait été l’occasion de grandes festivités organisées par les Muiscas.

 

Le grand nombre de colonnes monolithiques en pierre, de plus haute taille et de forme phallique, dressées tout autour de la zone des monolithes d’Observatorio Solar Muisca, indiquerait que ce site devait représenter également un lieu de culte rituel dont les rites n’a pas encore été bien définis, sinon des suppositions… une énigme de plus, avis aux amateurs ! 

Dans cette même zone, au milieu des monolithes d’observation solaire, auraient existé deux emplacements de culte rituel sacré : « Campo sagrado del Norte » et « Campo sagrado del Sur »

 

surnommé « El Infiernito » ( = « le petit enfer »), porterait-il bien son surnom ?

En tous les cas, c’est de là que tout s’est gâté, au retour, heureusement sans conséquences graves pour nous, alors que nous cherchions, par un autre chemin, à rejoindre notre point de départ Villa de Leyva !

À quelques kilomètres à peine de Villa de Leyva, nous commencions à nous interroger sérieusement sur l’éventualité que la nuit tombe et que…

Au lieu de rentrer sur le village, nous étions en train de tourner en ronds concentriques en s’éloignant de plus en plus de notre point d’origine…

 

 

Ce que nous en avons conclu, c’est qu’en vagabondant un peu loin de Villa de Leyba, dans cette région, à pieds ou en vélo, il est possible de visiter un site dans la journée, tout dépend de la distance, du site, en prenant son temps…

 

Et aussi… qu’il est possible de se perdre… ainsi que cela nous est bel et bien arrivé durant ce retour au village…

À chaque fois, nous pensions être dans la bonne direction, et en fait, nous nous en éloignions !

 

Je dois avouer que nous avons eu « un peu chaud »…, c’est le cas de le dire, et que nous avons beaucoup marché et crapahuté… le double de ce que nous avions projeté !

 

Cependant, notre perdition fut largement récompensée, car en revenant sur nos pas au hasard alors que nous étions vraiment complètement égarés, nous sommes tombés sur un superbe fossile que nous avons d’ailleurs photographié, en souvenir de cette randonnée sauvage…

 

Après avoir repris courage pour couper à nouveau à travers champs et monts au milieu des paisibles vaches blanches à bosse, et en nous dirigeant à vue de nez pour tenter de rejoindre l’unique route principale dont nous nous étions un peu trop fortement éloignés, nous avons pu enfin rentrer avant le coucher du soleil ! Exploit…

Je précise qu’à cette période de l’année le soleil se couche tôt, à 18h30…

… Grâce à une famille du coin, qui nous a pris en stop dans son pick-up, en 15mn nous étions enfin arrivés à Villa de Leyva !

C’est dire si nous nous en étions éloignés de beaucoup, à pieds…

Nous avons terminé la journée sur les rotules !

 

 

Pour conclure, je n’aurais qu’un conseil à donner en ce qui concerne les randonnées en dehors des villes, et cela concerne toute la Colombie :

À moins d’être complètement féru de randonnée en solitaire ou en autarcie, et si vous ne voulez pas passer trop de temps à vous perdre, peu importe le moyen de locomotion, le mieux est de vous renseigner sur les possibilités et tarifs d’un guide local…Très au fait de leur région et très intéressants, ces compagnons d’excursion vous en apprendront plus sur leur pays que n’importe quel manuel touristique.

En effet, tout seul, à pieds à vélo ou même en voiture, vous trouverez très peu de panneaux directionnels indicatifs, ou si mal indiqués, et les indications des habitants sont, soit peu précises, soit contradictoires ou le plus souvent même trop optimistes en timing, pour que vous puissiez repérer les bons sentiers qui mènent aux différents sites alentours.

 

Et s’il vous vient l’envie d’aller y faire un tour, veillez bien également à vous comporter dans cette région comme vous aimeriez que l’on se comporte dans notre hexagone, pour contribuer ainsi à apporter votre petit fossile de calme, de partage et de respect pour la nature, les vaches blanches à bosse, et les habitants de cette magnifique Région de Boyacà !

 

Gracias y Buen viaje !

 

FINALEMENT… J’AI TROUVÉ UNA CHICA CARTA !!!
foto_Colombie-2carteBoyac-Villa.jpg
  

Publié dans MigraTransits

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micdartag 21/07/2009 10:40

Ma chère Cat,Le reportage de ton voyage est tellement vrai que l'on parvient à voyager dans sa tête sans prendre l'avion. Comme aurait dit Monsieur Cyclopède: étonnant, non.Bisous.

TerreHappy 23/07/2009 15:21


C'est un des plus jolis compliments que j'ai reçus jusqu'à présent !

Cependant, j'ai envie d'en revoir et d'en modifier la présentation, car je trouve que cet article est très long et un peu trop tassé ?
Un peu plus aéré et aérien, à défaut de prendre l'avion...

Qu'en penses-tu ?
Cat