"TOSCA" à la Bastille

Publié le par TerreHappy

« Le regard doit précéder le geste, lequel précède la parole qui n’est, elle, que la formule de la pensée.

… (…) …

et sa pensée, libérée par le regard et le geste, laisse échapper les cris :

Meurs ! Meurs ! Lâche ! »

Sarah Bernhardt (l’art du Théâtre).







« TOSCA » de PUCCINI

J’étais hier soir à la Soirée du 22 mai 2009 à l’Opéra Bastille



bien accompagnée par le regard d’une toute jeune fille de ma famille, Sophie, aveugle de naissance, par une ancienne collègue de travail, ainsi que quelques amis.

Pour les 2 premières citées, c’était leur Première à l’Opéra Bastille!

Ravies nous en sommes ressorties, regrettant toutefois de ne pas pouvoir se procurer le moindre petit livret en braille pour en expliquer un peu plus à Sophie sur la mise en scène.

Dommage pour la mise en scène de l’action de « Tosca » en 3 actes de Schroeter !
 

Cependant, Schroeter explique « comment les images naissent de l’esprit de la musique »...


 

D’où j’ai bien constaté que la tête de Sophie dodelinait délicatement ou brusquement suivant le rythme des airs, comme si elle était complètement immergée dans l’action de « Tosca » qui se déroulait sous ses yeux…



 

L’ACTION DE LA TOSCA, PIÈCE DE THÉÂTRE (1887) DE VICTORIEN SARDOU, TOUT COMME CELLE DE L’OPÉRA (1900) DE PUCCINI DÉBUTE ENTRE LE 15 ET LE 16 JUIN 1800.

LES TROUPES AUTRICHIENNES DU GÉNÉRAL MÉLAS CÉLÈBRENT LEUR VICTOIRE PRÉMATURÉE SUR LES TROUPES FRANçAISES EN PLEINE DÉBANDADE.

TANDIS QUE, PEU APRÈS, L’ANNONCE DE LA VICTOIRE DE BONAPARTE SUR LES TROUPES AUTRICHIENNES À MARENGO EST CLAIRONNÉE.

 

ENTRE OFFENSIVE AUTRICHIENNE PRÉSUMÉE GAGNANTE ET DÉROUTE NAPOLÉONIENNE DONNÉE COMME PERDUE D’AVANCE… QU’EN EST-IL DANS LA RÉALITÉ DE LA BATAILLE DE MARENGO ?

 

UN VASTE CARNAGE…

 

DANS UN MARÉCAGE DE SANGS MÊLÉS DES DEUX CÔTÉS, QUELQUES HEURES SANGLANTES AURONT FAIT 6000 MORTS DU CÔTÉ DES TROUPES FRANçAISES ET 9400 MORTS DU CÔTÉ DES TROUPES AUTRICHIENNES…



Cela se remarque à peine dans la mise en scène de l’acte exposant le champ de bataille. Tout y est sobrement ordonné au milieu du carnage qui se joue :

 

Un enfant avec sa colombe qui ne s’envolera pas mais reviendra manger dans la main de celui qui l’a nourrie.

Tel un symbole d’une paix voulue à tout prix.

Une paix rapide et ratée… parce que trop nourrie d’hostilités refoulées, de prédications enflammées, de résignations, d’armistices sans jamais baisser les armes, et de compromissions.

 

Seul un soldat, allongé au milieu des autres sur le sol et qui semblent dormir… , une fois retourné par l’un de ses camarades rescapés, présente une auréole sanguinolante dans le dos…

 

Les coups de fusil des tirailleurs qui exécutent sobrement dans une pétarade l’ordre de Scarpia sur Cavadarossi.



4 personnages principaux se détachent sur la scène :
 

Le Baron SCARPIA, Chef de la Police secrète

Il représente la dictature à l’état pur...

Et il se sert de l’objet de son désir, Tosca, pour la faire chanter et la piéger en utilisant sa faiblesse : la jalousie.

Son plus grand désir, après avoir rattrapé Angelotti, étant de trouver la demeure de Cavadarossi pour s’en débarrasser, par des stratégies de manœuvres aussi ambitieuses que scabreuses et qu’il ne perdra jamais de vue.

 

TOSCA

La « Primadonna » ingénue cantatrice balaie le sol de sa traine et se traine à genoux pour chanter son désespoir, sa passion à son amant Mario, et ses scènes de jalousie déplacées face au combat politique en jeu, ou devant le portrait de Marie-Madeleine.

Elle se laisse bien sottement manipuler par Scarpia qui se joue d’elle. Jusqu’à le tuer dans un acte de rage, où elle pense avoir gagné.

Soudainement lucide, elle prend conscience d’avoir été piégée et d’avoir chanté pour un autre que son amant.

C’est sa jalousie furieuse qui l’a conduite à mener Scarpia vers la cache de Angelotti qui n’était autre que la villa de son amant Cavadarossi.

Même ses aveux à Scarpia avant qu’elle ne le tue n’y auront rien changé.

Même si elle avait cédé au chantage de Scarpia pour laisser la vie sauve à son amant, il aurait été fusillé.

C’est celui qu’elle aime et qu’elle voulait protéger qui sera arrêté, torturé et exécuté sous ses yeux.

Elle se suicide, après l’exécution par les gardes de Cavadarossi, en sautant dans l’abîme noir qui s’enfonce à ses pieds.
 

J’ai trouvé cette scène vraiment très surprenante car, n'en connaissant pas la fin, j'ai craint l'espace de quelques secondes que, du haut de son estrade, la soprano n'ait chuté malencontreusement… 

 

 

Mario CAVARADOSSI

Peintre idéaliste, il accepte d’aider un des ses amis, sympathisant républicain, à s’enfuir suite à son évasion de prison.

L’acte I le met en scène devant l’immense tableau qu’il est en train de peindre de Marie-Madeleine dans l’Église Sant’Andrea della Vallé à Rome.

a-t-il cessé de se battre pour la cause sitôt qu’il est devenu l’amant de Tosca ?
toujours est-il qu’il la suit comme un petit chien. Amoureux épris de sa belle, on devine que seul l’amour qu’il lui chante compte par-dessus tout pour lui.

À tel point que, devant la mort, il semble abandonner toutes les idées libérales qui l’enchantaient.
 

 

 

Cesare ANGELOTTI

 

Il devrait flotter, vu son nom, tel un ange évadé combattant, au-dessus de tout ça… mais il semble errer sous terre , d’âme en âme perdues à jamais.

Il ne compte pas, et pourtant il représente le combat contre la dictature de Scarpia, au nom de tout un peuple.

Angelotti est un prisonnier politique emprisonné pour trahison au Château Saint-Ange.

Il choisit de se suicider juste au moment où il est découvert, dénoncé à nouveau auprès de Scarpia par Tosca qui pense ainsi une nouvelle fois avoir une chance de sauver son amant.

 

 

Par une mise en scène à la fois tout en nuances intimistes à la lueur des bougies de candélabres, et en accumulation dosée de coups du sort militaires, vu le contexte sanglant de l’époque, l’action de « Tosca » se déroule dans une atmosphère feutrée ou brutale de trappes, de rampes descendantes, et de portes que l’on ouvre, que l’on entrebaille ou que l’on ferme.

L’éclairage est au plus bas, à croire que la lumière peine à s’introduire dans ce monde obscurci, tout en coulisses de bas côté ou en sous-sol

 

Entrecoupée de magnifiques chantages sordides et d’annonce triomphale de batailles, victoires et défaites, qu’elles soient intimistes ou militaires, résonnent comme des coups de canons dans le désert des cœurs et des campagnes.

 

 

 La scène de "L’Aube sur Rome" y est particulièrement réussie : un très beau tableau musical impressionniste.

 

Chaque scène est pleine de sens, et tous les sens y sont discrètement en éveil par petites touches musicales ou scéniques:

L’ouïe grâce à l’orchestre qui sonne les cloches au prélude, le Te Deum, ...

Le goût du coup de théâtre lorsque tous les intervenants se regroupent priant vers la lumière qui inonde une des parties droite de la scène, ou lors des sons des canons dans la campagne environnante, ...

 

La vue des costumes sobres et sombres mais bien ajustés.

 

Quant à l’odorat, on décèlerait presque dans le lointain des champs la poudre à canons de la bataille de Marengo…

 

 

Une  réflexion finale m’est venue sur le rôle des femmes:

Entre Lady Macbeth, instigatrice d’une vengeance dynastique, et Tosca, cantatrice pleine de faiblesses jalouses, décidément, les femmes n’ont pas forcément le beau rôle à l'Opéra !

 

 

"TOSCA" de Giacomo PUCCINI

Opéra en 3 actes

Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica

D’après la pièce de théâtre de Victorien Sardou

 

Direction musicale : Stefan Solyom

Mise en scène : Werner Schroeter

Décors § costumes : Alberte Barsacq

Lumières : André Diot

Chef des chœurs : Alessandro Di Stefano

Assistante à la mise en scène : Monica Wetzfzelder

 

Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d’enfants de l’Opéra National de Paris

 

Floria TOSCA (célèbre Cantatrice) : Adina NITESCU (SOPRANO)

Mario CAVARADOSSI (Peintre, amant de Tosca : Aleksandrs ANTONENKO (TÉNOR)

Le Baron SCARPIA (Chef de la police secrète) : James MORRIS (BASSE)

Cesare ANGELOTTI (prisonnier politique): Wojtek SMILEK (BASSE)

Spoletta (policier) : Christian JEAN (TÉNOR)

Il Sagrestano (le Sacristain) : Matteo PEIRONE (BASSE-BARYTON)

Sciarrone (gendarme) : Yuri KISSIN (BASSE)

Carceriere (geolier) : Christian TRÉGUIER (BASSE)

 

Durée du spectacle : 2h45
1ère partie : 50mn
2ème partie : 45mn
3ème partie : 30mn

 

 

En ce qui concerne Victorien SARDOU, entre misères et accusations de plagiat, il est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands auteurs dramatiques de théâtre du XIXème siècle.

Une vingtaine de ses pièces ont été adaptées en livrets d’Opéra ou d’Opérette par des compositeurs,


dont Puccini, qui assistera 2 fois à la représentation de sa pièce de théâtre où Tosca est jouée par Sarah Bernhardt, en 1889 et en 1895.

Puccini s’en inspirera, avec des dièses, des bémols et des bécarres jusqu’à parvenir enfin à en composer définitivement la musique pour l’ajuster à sa version fort bien documentée et très personnelle.

Concurrencé par Verdi, et donc titillé dans son amour propre, Puccini donnera le coup de baguette final à son Opéra  « La Tosca » en 1900.

 

 

un autre blogueur d’opéra sur TOSCA :

http://vincent-mevel.blog.fr/2009/05/21/hier-tosca-de-puccini-a-l-opera-de-paris-bastille-6153483/

   
photo : wikipédia

 

Publié dans MigrArts

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:0095: Maitre Po, devin 25/05/2009 08:25

À ma grande honte, je dois avouer que si je passe plusieurs fois par semaine devant l'Opéra Bastille, je ne suis jamais allé voir la moindre représentation. L'opéra me rebute un peu, je ne comprends jamais rien à l'intrigue ;-)(quoiqu'il paraît qu'il y a des sous-titres...)Pour ton problème de commentaires, je n'ai pas pu répondre plus tôt, n'étant rentré qu'hier soir, mais je vois qu'il est résolu, c'est le principal ;-Þ